Petite Escapade - Tour du Mondehttp://chez.emba.free.fr
Le Carnet de Route > Histoires extraordi... > Thaïlande, and co
 
Qui, Pourquoi et Comment
 
   • Nous deux
   • Avant le départ
   • Keep your eyes open !
 
 
Le Carnet de Route
 
   • Au jour le jour
   • Photographies
   • Histoires extraordinaires
 
 
Et aussi...
 
   • Le Coin des Voyageurs
   • Les Prises de Tête de M.
   • "Bibliographie"
 
Détour par les îles...
Le 10/01/07

Un voyage gris froid et sans fin

Ce matin de janvier, quand le train nous a déposés à 6 h sous le ciel encore noir mais déjà couvert de Surathani, une mouche tropicale nous a piqués. En changeant d’avis en 30 secondes sur le quai, nous avons brusquement abandonné l’idée caressée depuis plusieurs jours, d’aller dans le parc naturel de Kao Shan pour nous diriger vers la direction opposée.
Une lecture plus attentive du guide nous avait en effet laissé entendre, pendant la nuit, que les prix pratiqués risquaient de ne pas être adaptés à notre petit porte-monnaie...
C’est donc de manière un peu inconsidérée que nous avons sauté dans le premier bus en partance pour l’embarcadère afin d’aller voir comment ça se passait sur la côte est de la Thaïlande, dans une des îles paradisiaques dont nous avions déjà entendu parler.
C’est ensuite de manière tout aussi inconsidérée, sans consultation préalable des horaires ou de la météo, que notre choix s’est porté sur Koh Tao, l’île la plus éloignée du port. Je ne sais pas pourquoi je m’imaginais naïvement qu’il était facile d’un coup de ferry d’effectuer ce petit bout de distance bleue sur la carte du guide. Que mon estimation approximative s’est révélée erronée !
C’est en effet sur deux ferries, et non un seul, que nous avons passé toute la journée, dans des intérieurs en plastique, climatisés à mort, nous laissant frigorifiés au bout de quelques heures de mer...
Mais, ce voyage n’aurait certainement pas été traumatisant, si, quelques instants à peine après notre départ, le plafond nuageux ne s’était pas décidé à, soudain, se délester de toute l’eau qu’il contenait. Le jour est donc resté sombre alors même que l’après-midi grandissait et le froid a petit à petit commencé à pénétrer profondément nos habits humides. C’est que le changement de ferry s’était effectué sous une pluie torrentielle, « un reste de mousson » nous a-t-on dit... Un reste de mousson qui allait d’ailleurs se prolonger bien plus longtemps que nous le pensions.

C’est donc avec nos sacs trempés et nos habits détrempés que nous avons enfin posé le pied, près de 24 h après notre départ de Bangkok, sur le petit port de Mae Thae à Koh Thao.
Sur cette petite île de 70 km carrés, la montagne couverte de jungles monopolise plus des trois quarts de la surface disponible. La côte est qui tombe presque à pic dans la mer est d’ailleurs quasiment inaccessible depuis le port. Il reste donc la grande plage à l’ouest, une petite crique au sud, ainsi que quelques enclaves perdues entre les deux, pour accueillir les bungalows de bois typiques de l’architecture des îles thaïlandaises.

Paradis sous la pluie

Soucieux de survivre financièrement dans ce temple de la plongée sous-marine qui attire toute l’Europe et plus encore, nous nous sommes rapidement laissés entraîner par une petite bonne femme thaïe qui nous proposait un bungalow étonnamment bon marché à 300 bahts. L’idée de rester presque dans les prix indiens nous a séduits et nous nous sommes donc derechef embarqués dans son 4x4. Comme des enfants à l’arrière de la voiture, avec papa et maman devant qui conduisaient, on s’est laissé ramener à la maison, prudemment conduits sur des chemins de montagne ravinés et pentus à 60 degrés...
Mais la peur en valait la chandelle ! Le paysage de gravure japonaise tout en fleurs sur un gazon vert dense en pente, ombragé par des arbres tortueux, nous a séduits au premier coup d’œil. Le site de plusieurs hectares tombait par endroits à pic dans la mer et notre bungalow isolé sur une petite falaise de rochers escarpés offrait une vue imprenable depuis le hamac sur notre petite terrasse.
(L’intérieur par contre, un peu spartiate avec son plancher transpercé par un énorme rocher, son lit pour seul meuble, et les cafards géants que nous allions découvrir le soir même, expliquait sans peine le coût modique de la location)...

Mais une fois posés, il était impossible de nous faire pleurer : nous étions pleins d’espoir. L’île était à nous, nous étions en Thaïlande, demain le soleil allait briller !!

La jungle pieds nus sous l’orage

Well... le soleil n’a pas entendu nos prières et c’est sous la pluie drue de la mousson qui ne s’est interrompue que, par intermittence dans les jours qui ont suivi, nous avons réalisé nos explorations de l’île. Mais comme à tout malheur quelque chose est bon ( ?), cette pluie soudaine a eu pour effet de nous garantir la plus grande intimité sur une île pourtant devenue très touristique au cours des deux dernières années, et de nous offrir la sensation d’être plongés seuls au cœur d’un paradis sauvage, un jardin d’Éden en furie.

Depuis notre bungalow, aucune route ne menait en effet au port à la grande plage ou à la petite crique au sud. (Mise à part la route à travers la montagne). La solution la plus évidente du taxi-boat étant pour nous hors de question (because finances), il ne nous restait plus qu’à faire avec les moyens du bord. C’est ainsi que nous avons découvert les quelques petits sentiers à travers la végétation dense de cette jungle tropicale composée d’arbres que nous n’avions encore jamais vus, poussant côte à côte avec les traditionnels cocotiers, bananiers et autres manguiers. La nuit bien évidemment, aucun de ces sentiers escarpés n’étant éclairé, c’est à la lampe de poche que nous devions nous frayer un chemin parmi les ronces...

Nos escapades n’ont d’ailleurs pas toujours été des plus heureuses : le deuxième jour, mes souliers trempés de la veille n’étant plus bons à rien nous avons décidé de partir pieds nus sur les sentiers où la terre, le gravier et les racines s’enchaînaient dans un rythme aléatoire... (Je pèle encore des pieds en souvenir de cette escapade). Notre retour en pleine nuit au pas cadencé, avec la peur de manquer de piles, s’est, en outre, ponctué de nombreuses chutes...
Mais le sourire ne nous a pas quittés pour autant.

Peut-être avions-nous le sentiment d’être des explorateurs, des vrais, de ceux qui osent sortir sous la pluie dans la jungle alors que les autres se terrent dans leur pavillon ?
Peut-être aussi que tout simplement le bonheur de pouvoir profiter des richesses paysagères de cette île incroyable, en solo, était trop précieux pour être gâché par quelques gouttes de pluie ?

Les plages privées de sable blanc parsemées de cocotiers au tronc argenté et élancé nous tendaient en effet leurs bras venteux, et la mer turquoise foncé nous attirait de ses vagues tendues. Les crabes noirs et les coraux blancs par centaines étaient nos seuls compagnons.

Le resort au soleil

Mais ça n’a pas duré.
Le jour de notre départ, le soleil est revenu en force, et nous avons décidé de rester un jour de plus pour voir à quoi ressemblait l’île, en temps normal.

En parcourant la grande plage et sa promenade en quête d’une école de plongée pour prendre un cours d’initiation, j’ai été frappée par l’ambiance qui régnait sur cette partie de l’île, un peu coupée de la jungle. Les bars, pubs et restaurants en tout genre, les guesthouses bungalow, les écoles de plongée et les magasins de fringues en tout genre se disputaient chaque mètre carré de front de mer disponible. Et même là où un arpent de terre avait été épargné, les marteaux-piqueurs, les bétonnières et les métalliers s’affairaient à combler la dent creuse, à grand renfort de béton.
Mais le pire dans cette promenade, ce n’était pas tous les Thaïs qui tenaient ces établissements ou construisaient ces maisons. Le pire, c’était cette impression d’être de retour à Kao San Road à Bangkok, au cœur d’un complexe touristique de jeunes rastas friqués, qui passaient leur temps en vase clos, entre leurs journées de plongée, leurs soirées-bière et leurs séances-drague. Le code vestimentaire était à nouveau sens dessus dessous, la moitié de la rue en maillot de bain, et l’autre en mini-jupe.

Le paradis sauvage avait disparu, et en un rayon de soleil, nous étions de retour en Thaïlande.

Plongée...

Mais le premier choc passé, nous ne nous sommes pas laissés décourager et nous sommes engagés auprès de la dernière école sur notre chemin un peu dissimulé à l’arrière de la plage, pour un cours le lendemain. Nous avons fait le bon choix. N’ayant que peu de clients et souffrant simultanément du mauvais temps ainsi que de la concurrence féroce que les écoles semblaient se livrer entre elles, « new way Diving » s’est révélé pleine d’attention à notre égard.

Après nous avoir dépêchés, un taxi-boat directement « à la maison », à l’autre bout de l’île nous épargnant ainsi la traversée de la jungle, nous avons eu droit à un cours particulier sur le beau bateau de l’école !
Et si la crique choisie pour la plongée n’était apparemment pas le site le plus exceptionnel de l’île, la visibilité y était meilleure qu’ailleurs et les derniers jours de tempête y passaient presque inaperçus.

Avec un peu d’appréhension, j’ai tenté les premières brasses sous l’eau tandis que Manu s’élançait avec confiance. Comme je ne m’attendais à rien de particulier (le bleu sombre de l’eau des derniers jours ne nous avait pas laissé deviner la richesse du monde sous-marin), mis à part l’étrange sensation d’arriver à respirer sous l’eau, j’ai été très agréablement surprise : des centaines de poissons colorés, des petits jaunes et turquoises, des plus gros rayés blanc et noirs, des plats multicolores, des gros irisés, des blancs transparents, des concombres de mer noirs ou blancs, des anémones de toutes les couleurs, et j’en passe et des meilleurs, se sont immédiatement offerts à nos yeux ébahis. (Manu, qui avait déjà plongé à Cuba entre autres, était un peu moins enthousiaste que moi évidemment..., mais tout de même !)

Le bonheur de la découverte n’a malheureusement pas duré assez longtemps... Après une demi-heure de balade et près de 10 minutes de lutte intérieure, j’ai donné le signal de la remontée : la nausée était trop forte. Un peu inquiète, j’ai fait part à mon instructeur de mon malaise.
Sans une seconde d’hésitation, il s’est alors exclamé :
- « you’re seesick !! » (Tu as le mal de mer !!)
- «  ??? »
- « yes don’t worry it’s very common, you don’t have the same balance inside the water... » (Oui, ne t’inquiète pas, c’est normal, tu n’es pas stable sous l’eau...)

Pleine de doute, j’ai péniblement nagé jusqu’au bateau avant de me débarrasser de mon costume de plongée, tandis que Manu, un peu déçu, mais plein de compréhension m’accompagnait sur le pont où des fruits frais nous attendaient en guise de réconfort...
Enfin, c’était bien la peine de perdre mon mal de voiture dans les interminables bus chaotiques d’Inde, pour finir malade en plongée !

Well, une de perdue, dix de retrouvées : nous recommencerons certainement cette petite expérience ailleurs avant la fin de l’année. :)

Le reste de la soirée, tout en course dans la jungle pour récupérer nos sacs s’est finalement achevée en sueur sur le bateau de nuit qui devait nous ramener à Surathani. La météo n’était pas favorable et le roulis était effectivement impressionnant. Par chance, la nautamine nous a assommés au bout de quelque temps et c’est sain et sauf que nous avons débarqué sur le port de la grande ville, où un mini bus pour Penang en Malaisie nous attendait déjà à la sortie du bateau.



Réalisé avec SPIP - article.html