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De Luang Prabang à Viang Vieng - 2/2
Le 01/02/07

Paysages et massages

Le bus que nous avons pris de bon matin pour descendre de Luang Prabang à Vang Vieng m’a un peu surprise. Moi qui me croyais vaccinée contre le mal de voiture, j’en ai été pour ma peine ! (je vous passe les détails...)

Le paysage, incroyable, tout en pains de sucre noirs et collines vertes de rizières en valait pourtant la peine. Et la traversée au cœur de nos premiers villages laotiens nous a enfin fait comprendre à quel point le Laos était resté rural : les villages se suivent, s’enchaînent et se ressemblent tout au long de cette route de montagne en serpentin à un rythme vraiment effréné...

Des enfants partout, et des femmes en costume traditionnel et bouche sanguinolente de bétel, comme sur les cartes postales, montaient dans le bus à intervalles réguliers.

De ce bus, je me rappelle la rencontre intéressante d’un Français qui avait tout plaqué pour aller apprendre les techniques de massage depuis l’Inde jusqu’au Vietnam. Il devait avoir fait des études supérieures, mais ne se sentait « pas dans sa voie ». En apprenant un jour par hasard que les massages pouvaient soigner réellement presque toutes les maladies, il s’était découvert une passion pour la médecine indienne, thaï, chinoise et vietnamienne, par les massages justement. Il était parti de France depuis près de 10 mois déjà, et n’avait pas de date de retour... « La vie devant lui seulement »...

Sa capacité à répondre à toutes mes questions sur le massage ayurvédique qu’on avait essayé en Inde m’a interloquée... Comment peut-on si rapidement apprendre une science ancestrale si complexe ? Il m’a ensuite indiqué des points de pression sous le menton pour faire disparaître quasi immédiatement le mal des transports, et ça a marché !...

Vang Vieng, le choc des cultures

L’arrivée à Vang Vieng en pleine chaleur de midi nous a troublés. Loin du charme policé et plein d’histoire(s) de Luang Prabang, loin également de l’architecture rurale traditionnelle que nous venions de traverser, Vang Vieng s’est présentée à nous comme une cité de poussière et de béton, sans véritable centre ni structure, poussée au milieu des rizières pour le bon plaisir des touristes.

Notre bungalow de bambou tressé, le premier de notre séjour au Laos, un peu en dehors de la ville et implanté le long de la rivière, nous a pourtant révélé la magie d’un paysage exceptionnel, il faut bien l’avouer. D’immenses pains de sucre noirs en roche karstique s’élèvent sur une plaine jaune et desséchée de rizières en mosaïque, irriguées par le cours d’eau qu’elles longent. La végétation tropicale qui semble les grignoter à leur base est vert sombre et se fond dans leur silhouette massive. De petites cabanes de paysans, composées d’un plancher surélevé et d’un simple toit de chaume, porté par une structure de poteaux en bambou sans mur, parsèment les champs abandonnés en cette saison sèche et donnent un air un peu romantique à ce paysage vraiment nouveau pour nous.

Malheureusement, le charme de ce paysage, que le béton, heureusement, n’a pas encore trop pollué hors la ville, n’est pas à l’abri des méfaits d’un tourisme de backpackers (porteurs de sacs à dos) comme je n’en avais jamais encore rencontrés, même à Pushkar chez les hippies indiens ! (voir article « Pushkar » en Inde). Ici, même à plusieurs centaines de mètres de la ville et de la rivière où les bars ponctuent le cours de l’eau, la musique techno, aux basses puissantes, résonne en effet dans les campagnes... Le silence calme de la nature au coucher du soleil n’existe plus à Vang Vieng.

En ville, les restaurants, qui proposent une nourriture aseptisée, sont tous conçus selon le même schéma : des tables basses sur des plates-formes surélevées : on s’y assied sur des coussins. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi tout le monde dans ces bars-restaurants était assis dans le même sens... mais il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que, dans chacun de ces « hauts lieux touristiques », une télévision, crachant des programmes américains en boucle (« les Simpsons », « Friends », « Lost », les « James Bond », et les derniers films de Hollywood) focalise l’attention de tous.

C’était pathétique. Affolant. Désespérant. À nous donner envie de rentrer en France, d’arrêter le voyage tellement il était impossible de vouloir se reconnaître dans ces loques avachies en bikini, gavées de « Beerlao » jusqu’à plus soif, et qui dépensaient des dizaines et des dizaines de dollars en décadence sur le modèle américain...

Nous n’avons donc mangé qu’une seule fois dans un de ces endroits, désert d’ailleurs à notre arrivée. Le reste du temps, les petites toiles cirées à l’air libre des Laotiens sur le bord de la route, au nord de la ville, ont fait notre affaire.

Les maisons de boue tombent à l’eau...

Pressés d’échapper à cette ambiance dont notre « British Guy » ne nous avait pas parlé et de découvrir de quoi il en retournait en matière de volontariat, nous nous sommes précipités dès le lendemain de notre arrivée à la ferme de Mulberry, à 4 km au nord de la ville. Si la marche sous le soleil écrasant nous a réconciliés avec le coin (les Laotiens réapparaissent et sourient normalement dès la sortie de la ville), c’est avec beaucoup de peine que nous avons appris que le programme de construction de maisons en terre venait de s’interrompre pour les deux prochaines semaines : le gars qui s’en occupait avait décidé de se mettre à la construction de sa propre maison pour un temps...

Relativement déçus (moi très, Manu un peu moins), nous avons alors décidé de visiter ce pour quoi la région était connue : ses « caves », des phénomènes géologiques surprenants, d’immenses grottes dont l’exploration spéléologique fait le bonheur des experts en la matière.

Sans guide, ni conseils, parce que tout ce qui touchait au tourisme nous rendait malades dans ce coin, nous sommes donc partis à l’aventure.

Notre mauvaise carte nous a laissé croire que, sur le chemin qui nous ramenait de la Mulberry Farm à la ville, il était possible de suivre la rivière qui longeait les pains de sucre noirs. Malheureusement, en guise de chemin nous n’avons trouvé que des fourrés impossibles à pénétrer... Apparemment, le seul moyen de descendre cette rivière magnifique est de faire du « tubing », c’est-à-dire de se laisser porter au fil du courant (très faible en cette saison sèche) depuis la Mulberry Farm jusqu’à la ville, dans des espèces d’énormes bouées noires qui font le bonheur de troupeau entier de jeunes backpackers... Mais ça aussi, comme les restaux-télé, nous l’avons refusé. Le but de cette descente étant de s’arrêter à chaque bar le long le l’eau pour descendre une bouteille de 660 ml de Beerlao tout en étant « bercé » par les beats incessants de la musique techno, cela ne nous plaisait qu’à moitié...

Escalade piquante et merveilles sans nom

Presque désespérés de ne pas trouver d’alternative heureuse à ce volontariat avorté, nous nous sommes arrêtés au pied du pain de sucre le plus proche. L’avons regardé avec un peu de doute, et avons commencé à l’escalader, pleins de confiance... Avec Emmanuel en éclaireur nous étions certains de pouvoir trouver quelque chose ! Effectivement, quelques instants plus tard, un vieux Laotien un peu fou et tout grimaçant, nous a abordés, tout juste sorti de derrière un rocher, pour nous demander si nous cherchions la « bouddha cave »... well, s’ il y en a une, pourquoi pas, allons-y...

Pendant près d’une heure, juste après l’épisode de la « racine paralysante » (une idiotie épeurante de Magali, que je ne raconterai pas sur le web...) nous avons escaladé cette montagne glissante et décapante, aux roches si coupantes qu’il était impossible d’y prendre appui. Notre vieux fou avait disparu dans les amoncellements de rochers bien avant qu’on se soit décidé à le suivre, et le chemin nous semblait donc très compliqué. Mais nous avons finalement réussi à nous hisser jusqu’à la plate-forme d’entrée de la grotte. Nous devions être à quelque 200 mètres au-dessus de la plaine et la vue portait loin...

La gueule de la caverne noire et immense s’étalait dans l’espace sur deux niveaux de plus d’une vingtaine de mètres en tout. Des cris effrayés nous sont parvenus depuis les entrailles de la montagne et nous avons peu de temps après vu surgir de l’ombre un petit groupe de jeunes Laotiens, à l’air mi-effrayé (chez les filles), mi-amusé (chez les garçons bravaches).

Le vieux fou laotien, tout en grimaces et exclamations incongrues les suivait de loin.

Ils nous ont passé leur torche de bambou avec force sourires, et à notre tour, nous avons pénétré dans cette grotte labyrinthe à la suite du vieux qui ne parlait pas un mot d’anglais. Les formes torturées de cette architecture aveugle nous ont rapidement envoûtés : le Laotien ménageait en outre ses effets avec soin, nous faisant pénétrer dans des « pièces » invisibles depuis le boyau central, nous faisant nous faufiler dans des gorges si étroites qu’il me fallait faire « le petit ventre » pour parvenir à passer...

Les stalactites et stalagmites, « œuvres du Bouddha », que l’on découvrait avec surprise dans ce néant noir à la géométrie « gaudiesque », avaient une résonance musicale tout à fait particulière. Côte à côte, elles formaient même un véritable instrument de musique aux sonorités nouvelles ! Intransportable malheureusement.

Au secours

Soudain, la découverte d’araignées noires et géantes (15 cm de diamètre) au dessus de nos têtes sur un plafond étincelant de cristaux immaculés, m’a pétrifiée d’angoisse... Et si elles se jetaient sur nous ?? (Regardez les photos, vous allez comprendre)

La torche manquait à présent d’oxygène et s’est soudain éteinte, ne nous laissant pour nous diriger à trois que la faible lumière de la lampe torche de Manu... Ma claustrophobie est brusquement allée grandissant...

Peut-être le vieux fou l’a-t-il sentie ? Il nous a en tout cas amenés au bout d’un boyau sombre, sous une cheminée d’une dizaine de mètres de haut, d’où on apercevait la lumière du jour. En s’arc-boutant sur les parois, il nous a alors proposé de remonter à sa suite !! Heureusement qu’Emmanuel n’a pas suivi... je serais restée seule dans ce dédale fourmillant de mygales... !

Mais le retour vers la salle d’entrée s’est fait ensuite rapidement, et la lumière de l’ouest nous est enfin apparue... De gratitude, nous avons donné un dollar au vieux monsieur, pour cette visite de plus d’une heure... (Nous apprendrons plus tard que dans les caves « officielles », blindées de touristes c’est à coup de 5 dollars pour des visites de 5 minutes qu’il faut rémunérer les nuées d’enfants qui tiennent des lampes de poche qu’on ne leur demande même pas !)

Le lendemain, avant de fuir la ville monstre de Vang Vieng, nous sommes tout de même allés en vélo visiter à une dizaine de kilomètres de la ville, sur des pistes rouges et cahoteuses, parsemées de villages où les gens était si gentils, la plus grande des caves de la région. Ses allures de cathédrale perchée au cœur de la montagne nous ont évidemment séduits. Ses dimensions plus importantes que la grotte-surprise de la veille et ses stalagmites inimitables valaient sans aucun doute le détour. Les petites frayeurs d’orientation que nous nous sommes faites (point de guide là-bas, on paye à l’entrée), et la petite pause dans le noir complet, que Manu désirait pour savourer sa cigarette ( !) après une heure d’exploration, ont bien secoué mes sens...

...Mais la surprise était éventée, et, dans ma mémoire, toutes les caves du monde ne sauraient égaler la grotte du vieux fou à la torche de bambou...


Voir Photos :

Vang Vieng, première grotte
Vang Vieng, deuxième grotte



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