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« Vietnam is very different from Cambodia »
Le 05/03/07

« Vietnam is very different from Cambodia »

... me dit en souriant un Cambodgien entre deux âges à Mui-Ne au Vietnam, sur le pas de la guesthouse où nous attendions tous les deux notre bus pour Na-Thang.
Il habite Kampot où nous avons passé quelques jours et sa petite amie allemande (si si !) l’a emmené en vacances au Vietnam pour 15 jours. (1)

Effectivement, le Vietnam, une fois de plus, nous a surpris. Ça fait plus de deux mois maintenant qu’on est en Asie du Sud Est et on commence à être habitué aux grands traits caractéristiques de la région... mais quand même.
Au moment où on a passé la frontière, contre toute attente, on a été surpris.

Les routes de terre si cahoteuses, qui nous ont menés de Phnom Penh à la frontière sur 200 km en 5 h, cèdent soudain la place à une belle route asphaltée sur laquelle circulent plus de voitures que je n’en ai vues au Cambodge (là, j’exagère certainement un peu, mais le trafic est nettement plus intense, c’est sûr).
Rapidement, les rizières s’effacent devant un front urbain récent. Les maisons nouvellement construites bordent la route et les carrelages encore neufs brillent au soleil. L’activité est frémissante partout.
Nous sommes à Saigon - Ho Chi Minh City - en moins de deux heures.

Les « maisons-tour » de Saïgon

L’arrivée dans la grande ville, au reste de grandeur coloniale, nous charme instantanément.
Je ne sais pas si c’est de voir après tant de semaines de « restriction » autant de magasins, autant de « buzz » et de vibration dans les rues, mais on se sent bien ici.
Les rues, malgré leur grande animation, sont nettes. Le ramassage des ordures ici doit être aussi rodé qu’en Europe et Phnom Penh me semble soudain en retard...
Mais surtout les maisons-tour :), ces immeubles, très étroits et très longs collés les uns aux autres, donnent à cette ville un petit air d’Amsterdam architecturale.
« Oh, regarde ces petites maisons toutes différentes, c’est chouette non ? »
Manu s’émeut devant la diversité architecturale des façades. Moi aussi. La rigueur du plan urbain qui ne semble avoir autorisé qu’une juxtaposition sévère de parcelles de 3 à 4 m de large sur environ 20 m de long, permet aux façades de se répondre et se sourire en clins d’œil colorés, sans que la fantaisie de l’une ne nuise à la rigueur moderniste de sa voisine.

Notre chambre se situe donc au 5ème étage d’un de ces bâtiments sympathiques, habité au rez-de-chaussée dans toute sa largeur par une petite pharmacie. À raison de deux chambres par étage (chacune donnant sur une façade étroite, le centre du bâtiment étant tout entier occupé par l’escalier), les hôtels ici ne sont jamais très grands.
Il y en a donc beaucoup, et le choix n’est pas aisé...

Notre immeuble est un peu plus haut que les autres dans la rue et nous nous sentons un peu les maîtres du monde depuis notre petite chambrette... ... Enfin jusqu’à ce que, soudain, depuis notre fenêtre ouverte, notre attention soit captée par un attroupement dans la rue plus bas, à quelques pas de « chez nous ».
Les gens regardent en l’air une de nos maisons voisines... nous mettons un peu de temps, mais soudain nous nous rendons compte qu’un incendie, qui a pris à côté, attire ainsi leurs regards...
Nous descendons en vitesse : les pompiers sont déjà en bas, la foule se disperse : le matelas brûlé gît sur le trottoir et le propriétaire fait comme si de rien n’était. C’est normal sûrement.
L’efficacité du service de secours en tous les cas était impressionnante. Nous avons définitivement changé de pays.

Good morning Vietnam !

Saïgon, dans toute sa splendeur

Saïgon, à qui nous n’accordons que deux jours de visite, n’a pas eu le temps de nous décevoir. Ses rues animées ont absorbé toute l’attention dont nous étions encore capables.
Et les petits détails, qui font que d’un pays à l’autre tout change, ont crépité sous nos yeux : les pyjamas qui fleurissaient à Phnom Penh sont ici encore plus nombreux. Et malgré leur nombre je ne me suis toujours pas habituée à l’étrangeté de ces silhouettes féminines portant cet ensemble coloré de tissu imprimé assorti et si confortable... j’ai toujours l’impression qu’elles sortent du lit !
Sur leur mobylette, les jeunes femmes ici fendent la foule, le masque sur le visage (pour se protéger de la pollution ? Pour éviter de trop bronzer ?) (2), et plus étonnant encore, les mains et les bras recouverts de longs gants blancs crème nacre, comme ceux que nos grands-mères portaient pour de grandes occasions (mariages, etc.)
Une fois de plus, je soupçonne le bronzage qu’elles évitent à tout prix d’être la raison d’être de ces élégants accessoires... bien chauds cependant sous ces climats tropicaux.

Ça, à Saïgon, il faut chaud. Très chaud. Et même l’éventail que je me suis enfin acheté après 3 semaines d’hésitation ne suffit pas à me sécher. Emmanuel comme d’habitude est ruisselant (et ce n’est pas une exagération !!).
Une petite robe achetée sur un coup de tête me permet de m’aérer les gambettes et d’adopter enfin une allure plus urbaine dans cette ville où le chic reprend un peu de son sens après tant de campagnes cambodgienne et laotienne.

Ho Chi Minh durant ces deux jours, c’est tout d’abord la guerre et son musée qui nous remet au parfum historique.
Mais contrairement à la guerre civile et au génocide khmère rouge et bien qu’il y ait, au final, eu autant de morts des deux cotés de la frontière, il est évident que l’après n’est pas du tout le même.
Au Cambodge, l’ombre derrière le sourire, le manque d’unité nationale et de dynamisme sont flagrants : le pays se cherche encore une identité et la splendeur d’Angkor est trop loin de la réalité contemporaine pour réellement cristalliser les volontés.
Au Vietnam par contre, même si les 30ans de guerre, ont laissé un héritage aussi terrible que les mines antipersonnelles du Cambodge (3), la mémoire collective n’est pas la même : l’ennemi étant clairement identifié - les Français dont il fallait se libérer pour échapper au joug colonial et les Américains dont il fallait vaincre l’offensive « capitaliste armée »- et la victoire a été chaque fois au rendez-vous.
La population tout entière était du même côté de la guérilla (au nord), et l’identité nationale n’a, à aucun instant, été compromise.
La différence de caractère qui en résulte est d’ailleurs nettement sensible, même pour nous, simples touristes de passage, et même après si peu de temps passé dans le pays.

La rudesse « dans le présent » des Vietnamiens

« Vietnamese people are not so nice as we are in Cambodia » poursuit mon interlocuteur de Kampot à Mui Ne.
Well, effectivement le sourire n’est pas aussi naïf. Pas aussi spontané. Le pays est ouvert aux Occidentaux couverts de dollars depuis plus longtemps et les infrastructures sont là pour les diriger dans un circuit tout tracé. (4)
La rudesse des conducteurs que nous avons expérimentée lors de notre premier bus vers Saïgon nous a d’ailleurs rapidement mis au parfum.
Ici la gentillesse il faut la mériter. Ceux qui travaillent dans le tourisme le font pour gagner leur vie (bien d’ailleurs), pas pour nous faire plaisir. Cela dit, une fois qu’on est au courant, comme en Inde, on se blinde, et ce n’est pas si terrible que ça...

On a même parfois de très bonnes surprises.
Notre deuxième jour de visite à Saïgon nous a, en effet, menés au cœur du quartier chinois. Les pagodes avec leur toit caractéristique, leurs colonnades rouge sang et les milliers de spirales d’encens qui pendent au plafond nous donnent une première idée de ce que sera l’Empire du Milieu.
Nous passons d’une rue à l’autre dans ce quartier excentré et animé et nous atterrissons finalement en fin d’après-midi dans le temple de la dynastie Ming.
Contrairement aux pagodes précédentes où la foule était quasi constante devant la statue du tigre blanc (celui qui prévient les commérages !) et les fidèles très présent(e) s au pied des autels principaux, dans ce dernier antre religieux, le silence est lourd. Point d’offrandes et de déchets partout par terre. Point de murmure continu de prières. Point de nuage d’encens...
Un mobilier fait de bois sombre habille les différentes pièces en enfilade et des rideaux colorés pendent aux colonnes de bois sombre.
Ici, point de dieux véritables. On vénère la dynastie Ming, on offre son respect aux ancêtres.

Soudain, un charmant petit homme aux cheveux gris surgit de derrière un pilier et nous aborde dans un français plus que correct. C’est un des derniers descendants de la dynastie et il prend soin du temple depuis que son oncle est mort. IL nous raconte sa vie sans que l’on ait besoin d’insister. Il a vécu à Grenoble pendant longtemps. Il est même devenu chef comptable à EDF ! Mais les évènements politiques au Vietnam l’ont obligé à rentrer. La fin de la guerre, l’exil dans les provinces rurales du Sud, le temps trop long passé à cultiver des rizières, lui un intellectuel, et enfin le retour à Saïgon avec sa femme et le culte des ancêtres...
Il est charmant, il nous explique beaucoup de choses, on ne comprend pas tout bien sûr. Mais on sourit beaucoup. C’est agréable de rompre ainsi l’anonymat dans une si grande ville !

Il nous conseille un marché plus loin, une petite église française aussi, si ça nous tente. On le remercie, tout sourire : le Vietnam est chouette aujourd’hui.


(1) Elle vient d’Hambourg tous les 6 mois et compte passer un an auprès de lui l’an prochain...
(2) Depuis le Cambodge on a de cesse de voir ces femmes, hommes et même petits bébés, dans les campagnes comme en ville, à pied, dans des bureaux ou en moto portant ces masques... Leur fonctionnalité m’est encore un peu mystérieuse. Ils nous font penser aux Jains de l’Inde qui respectent toutes les créatures vivantes au point de tout faire pour éviter d’en avaler une par mégarde.
Aujourd’hui, je pense que c’est la pollution qui est la raison la plus probable à ce port de masque qui leur donne tous des silhouettes d’urgentistes...
(3) la déforestation massive et les aberrations génétiques dues à l’agent orange (défoliant et insecticide pulvérisé massivement par les Américains sur le pays pendant la guerre)
(4) La seule offre de transport vers laquelle on est aiguillé en tant que touriste est la suivante : un mode de circuit de bus depuis Saïgon jusqu’à Hanoï, dans les deux sens, propose un certain nombre d’arrêts ponctuant la quasi-totalité de la côte est du Vietnam - ce long pays très étroit. Le billet s’achète au départ pour une somme relativement modique (environ 15 euros), dure 2 mois et permet autant d’arrêts que l’on veut. (Dans la pratique 4, 5 ou 6)
Par contre si l’on veut sortir du parcours, c’est une autre histoire. Un couple de Français rencontré à Viang Vieng au Laos nous a fait part de leur expérience désastreuse de racket à l’indienne. De quoi décourager les chats échaudés que nous sommes devenus...



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