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Zhongdian, incursion en territoire tibétain 1/2
Le 28/03/07

Les lavandières de l’aube

Séduits par la perspective de passer quelque temps à la frontière du mythique Tibet, nous nous sommes réveillés à l’aube, un matin de plus, afin d’aller prendre le bus qui allait nous mener aux grands espaces rêvés. Comme à notre habitude, on réveille les hôteliers, en frappant à la porte close de la cour de la maison rénovée qui nous tient lieu de guesthouse plusieurs jours à Lijiang... Ils commencent à nous connaître et finissent par sourire de nos départs matinaux.

Nous ne savons pas encore que nous ne quittons pas la ville pour de bon et nous faisons nos adieux en bonne et due forme aux arbres en fleurs, aux toits retroussés, et aux ruelles dont le charme est si puissant à l’aube. Près de notre « maison », un lavoir tripartite est déjà en fonction depuis les premiers rayons du soleil. Les trois bassins sont creusés à même le sol de la rue, et se nourrissent en cascade de l’eau qui s’écoule d’une petite fontaine en amont. Dans le premier bassin, des femmes s’affairent déjà à laver les légumes qu’elles utiliseront pour la soupe du matin, tandis qu’à leurs côtés, certaines de leurs voisines font la lessive. Le troisième bassin sera utilisé un peu plus tard, afin de laver la vaisselle sale. Le fonctionnement de cette fontaine en cascade me plaît, c’est un bel exemple de recyclage dont pourraient s’inspirer des créateurs de cuisine intégrée !

Dejin... ou Zhongdian ?

Mais il n’est pas temps de s’attarder, nous n’avons pas encore acheté nos billets et la station est à une petite demi-heure de marche.

Par chance, tout se déroule de la manière la plus impeccable qui soit : à 7 h 29, nous sommes sur les marches de l’édifice moderne qui se détache dans l’air clair du matin. Et à 7 h 31, nous sommes dans le premier bus pour Zhongdian, d’où nous espérons trouver une correspondance immédiate pour Dejin.

Dejin, le guide nous en parle comme d’une merveille naturelle avec son glacier « le plus bas du monde » à ne surtout pas manquer. « Un endroit, loin des flux touristiques, qu’il faut mériter ». En ce qui concerne Zhongdian, où on a décidé de ne pas s’arrêter, ses explications sont plus confuses. Il nous parle à la fois d’une fausse-vieille-ville-super-touristique, qui devrait sa récente attractivité à une légende que les autorités chinoises auraient récemment reprise à leur compte dans un but commercial avoué. (1) Rien de bien attirant donc.

Et pourtant.

Les heureux aléas du voyage

En arrivant à la gare de Zhongdian à 12 h 30, après 5 h de bus passées dans un froid saisissant, nous avons filé au guichet des réservations afin de sauter dans le premier bus pour Dejin. Tant qu’à souffrir, autant le faire d’une seule traite !

Là, pourtant, une dame fort peu aimable, nous a répondu avec aigreur que le dernier bus venait de partir à 12 h 15 et qu’il nous fallait attendre le lendemain pour nous rendre dans les montagnes enneigées, sans pour autant nous indiquer à quelle heure le bus partait ni à quel prix... Heureusement, les talents de cryptographe de Manu nous ont permis de déchiffrer le grand panneau des horaires tout en chinois, et ainsi de passer commande auprès de ce pendragon, fonctionnaire de la pire espèce.

Les aléas du voyage étant ce qu’ils sont, nous avons donc essayé de faire contre mauvaise fortune, bon coeur, en nous promettant de trouver un bon café internet, histoire de rattraper le retard déjà grand que nous avons accumulé dans nos récits de voyage.

... Mais nous n’avons même pas eu le temps de le chercher cet internet, tellement le charme de Zhongdian s’est révélé puissant !

Tripes de port et coups de feu

De la guesthouse, presque déserte où la jeune fille de maison, dans la cour au soleil, nettoyait des mètres et des mètres de tripes de porc (ou de veau), dans une bassine de fer blanc, à la découverte du monastère de Songzanlin, tout, absolument tout nous a subjugués. Même la « vieille ville », en construction, comme il se doit partout en Chine, nous a apprivoisés par l’habileté qu’avaient ses artisans, en équilibre sur les charpentes en bois dont ils sculptaient avec soin les multiples ornements qui font la signature des toitures traditionnelles. Au détour d’une rue, de multiples détonations, comme une série de coups de feu, nous ont même surpris. Sur nos gardes, nous sommes revenus sur nos pas, afin de vérifier de quoi il retournait. Il s’agissait simplement d’un groupe de charpentiers qui venaient d’achever leur ouvrage et qui inauguraient, de cette manière, la nouvelle structure. À la vue de leurs sourires de contentement, une fois la pétarade achevée, nous en avons conclu qu’ils avaient fait du bon travail et que les démons avaient été chassés avec succès !

Partout ailleurs dans la ville, tandis que nous montions vers le temple principal, à côté duquel une immense roue de prière tibétaine se découpait dans le ciel, le bruit des marteaux, des ciseaux, des pelles et des enclumes résonnait avec force.

Ici l’air est vif, l’altitude sûrement y est pour quelque chose. Un peu comme à Lijiang, mais en plus appuyé, nous avons le sentiment que cet air de la montagne « purifie » l’atmosphère de ces villes pourtant sans cesse grandissantes, comme il le faisait déjà de l’autre côté de l’Himalaya, dans la Satluj Valley en Inde, en décembre dernier.

Les premiers visages tibétains que nous croisons sont tels que nous les montrent les livres d’images. Burinés, et souriants, leurs traits sont finalement très éloignés de ceux des Chinois qui forment désormais la majorité de la population dans cette « préfecture autonome tibétaine », en territoire chinois (allez savoir ce que ça recouvre, ça, comme appellation...).

Le déjeuner que nous prenons au hasard d’une rue dans un intérieur cossu, en bois sombre, est presque intimidant de solennité. Nous sommes dans une pièce au mobilier raffiné, assis près d’une table basse qui abrite en son centre deux foyers, sur lesquels des théières bouillantes sifflent doucement. Le repas, bien que simple, est bien trop copieux pour que nous le finissions. Ici, le froid et le dur labeur au grand air consument plus qu’ailleurs...

Juste à côté de nous, des hommes tibétains qui semblent être de la maison nous observent avec attention, entre deux coups de dés. Ils jouent à un jeu de dominos chinois, comme on en a déjà repéré beaucoup depuis notre arrivée en Chine. Alors que les jeux étaient interdits pendant la révolution culturelle, ils semblent désormais être revenus en force dans la vie de tous les jours. Quel dommage que tous les caractères soient en chinois... nous aurions tellement voulu apprendre !

Suite : Zhongdian, incursion en territoire tibétain 2/2


(1) Nombre de textes anciens bouddhistes font référence à la ville mythique de Sangri-La, une sorte de paradis terrestre. Profitant du mythe, les autorités chinoises se sont donc appuyées sur le roman de James Hilton’s (The Lost Horizon, 1933), relatant l’histoire vraie de quatre Occidentaux dont l’avion se serait écrasé dans un paysage aux allures « tibétaines » au début du siècle dernier, et qui auraient à ce moment-là « découvert » Sangri La, pour faire de Zhongdian, la nouvelle Sangri-la... Alors qu’en Inde, d’autres promoteurs touristiques ont déjà eu la même idée, les plus fervents adeptes du concept s’évertuent à expliquer que ce paradis sur terre n’existe que dans nos cœurs et nos âmes et qu’il est vain de le chercher ici-bas...



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