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Jaipur
Le 30/11/06

Mercredi 29 novembre 2006

Réveil à 3 h, départ à 3 h 55, dans le train à 4 h 30... on commence à prendre le rythme. La chance est avec nous ce matin : le wagon qui nous amène dans le Rajasthan est un « sleeper class ». Ce qui veut dire que les banquettes sont des anciennes couchettes et que le wagon est beaucoup plus spacieux. Nous sortons les duvets et finissons notre nuit allongés sur ces banquettes suspendues au-dessus des sièges. Le guide nous a prévenus : le Rajasthan est un repère d’arnaques à touristes... En sortant du train, et pour éviter l’expérience de Delhi, nous décidons de marcher jusqu’à la guest house que nous avons repérée dans le lonely planet.

Les premières impressions de la ville sont dures. L’avenue est vaste, mais bondée, le bruit est continu, et l’architecture sans caractère. C’est que Jaipur est une ville de 2 000 000 d’habitants et la marque de fabrique « pink » de la « pink city » indienne n’a apparemment pas franchi les limites de la vieille ville. La guesthouse visée nous déprime dès l’entrée : des dizaines de backpackers, un gazon sympa certes, mais des chambres déplorables... et surtout un prix doublé par deux. Nous sortons presque immédiatement pour échapper à cet « entre nous » occidental. Un petit hôtel à côté, mais encore en construction nous accueille donc dans une chambre « semi deluxe » au prix de la chambre de base (semi deluxe = avec eau, et même chaude, + lit + drap + peinture sur les murs... la fenêtre de la vitre donnant sur le balcon n’est pas comprise dans le lot, mais le volet si).

Sans nos énormes sacs à dos, nous repartons à la découverte de cette ville qui ouvre le voyage au Rajasthan. Un coup de rickshaw pour se rapprocher de la vieille ville et, hop, nous voilà lâché dans les avenues bondées.
On nous interpelle et nous sollicite sans arrêt ici selon un mode invariable :
-  « hello, what’s your good name ? »
-  « Emmanuel/Magali »
-  « and where do you come from ? » Auquel on répond poliment et presque en chuchotant pour essayer de faire mourir la conversation d’elle-même :
-  « France »
-  « ohh France beautiful country ! » suivi de « bonjour-comment-ça-va-beaucoup-comme-ci-comme-ça » et de l’invariable « do you want some x... (postcard, parfum, handicrafts, guided tour, room, rickshaw, train reservation, etc., etc.)

On a déjà essayé plusieurs fois en répondant « Yémen », pour s’épargner cette approche commerciale en « français », mais après quelques moments d’hésitation la réponse est la même
-  « ohh beautiful country... » suivi du non moins invariable « do you want some x... (postcard, parfum, handicrafts, guided tour, room, rickshaw, train reservation, etc., etc.)
Si ça s’arrêtait là, il serait possible de garder son sang-froid, mais les enfants et les adultes parlent crescendo au fur et à mesure qu’on accélère, beaucoup nous suivent longtemps, certains nous coursent, d’autres s’agrippent à nos bras, habits ou sacs... C’est pénible et inévitable à la fois.
(Je pense d’ailleurs que, si je ne sens toujours pas la grâce de l’Inde, ce genre d’approche ultra touristique n’y est pas pour rien).

Nous finissons par nous échapper dans de petites ruelles. Nos choix exploratoires deviennent simples. Plus la rue a l’air terne (loin de la couleur exagérée des boutiques de touristes), plus nous avons de chance d’y découvrir un paysage authentique. Une fois de plus, nous nous laissons prendre au piège des ruelles impasses en « arbres », mais ça vaut le coup.

La course du Soleil est rapide autour de l’équateur et comme toujours le temps presse. Nous nous engouffrons donc dans le palais des vents construit sur une avenue principale de la ville.
Ce palais tout « rose » (pierre rose et peinture terre de Sienne plus que rose en réalité) est surtout connu pour sa façade tout en moucharabieh (fenêtre en dentelle de pierre) derrière laquelle les femmes du harem du maharadjah en place pouvaient observer la vie de la cité sans sortir. Cette pensée délicate de la part de l’architecte témoigne du fait que les femmes indiennes du temps des Mughals (grande dynastie musulmane régissant le pays aux 16 et 17 siècles) n’avaient que peu de liberté. La visite est intéressante dans la mesure où elle nous permet d’avoir un aperçu sur la ville du haut du palais, mais nous restons sur notre faim.
Visiter des monuments touristiques n’est pas notre fort lorsqu’ils ne nous émeuvent pas.

Mais nous ne baissons pas les bras et tentons de continuer à essayer de comprendre le pourquoi de l’exceptionnel Jaipur. Nous filons vers le City Palace, un énorme complexe réalisé par le maharadjah local au début du 20e siècle. Les différents bâtiments abritent textiles, armes, bijoux, lithographie et carrioles... Si l’anecdote est parfois amusante, les faits présentés sont souvent redondants avec notre visite du Fort Rouge à Delhi et l’architecture du complexe en elle-même est pauvre (j’exagère peut-être, mais elle n’a rien d’exceptionnel).
Les guides et gardiens sont tous habillés en maharadjah et Manu ne tarde pas à qualifier cet endroit de « Disney Land »... À la nuit tombée, nous repartons d’un pas lent...

Peut-être que l’Inde contemporaine aura quelque chose à nous offrir de moins « faux » ?

Nous nous dirigeons alors vers le Cinéma de la ville, dont on dit qu’il est « the place to go » in India for a Bollywood...
Après avoir fait la queue dans la file des femmes pendant que Manu tentait de comprendre quel film était à l’affiche et quel était l’horaire de séances, j’ai vu le guichet se fermer sous mes yeux « sold out » !... Mince alors... Mais devant nos mines déçues, une femme qui avait entamé la conversation dans la rue commence à prendre à témoin la foule et déplorer notre malchance. Par bonheur, un homme entre deux âges, nous propose soudain en un mix hindi - langage des mains, de nous vendre 2 places... accompagnés de deux Espagnoles dans le même cas de figure, nous pénétrons enfin dans l’immense salle quelques minutes seulement après le début du film... L’histoire d’amour à l’eau de rose entre les deux beaux et jeunes acteurs, fait la chronique d’un mariage arrangé qui tourne merveilleusement bien... durant toute la première partie. Parce qu’un Bollywood, ça dure quand même 3 h et qu’un entracte n’est pas de trop...
Après avoir dégusté un dîner sur le pouce dans ce hall meringue à la pointe du kitsch indien moderne, nous retournons nous plonger avec délice dans cette histoire en hindi dont nous ne comprenons pas un traître mot, mais que les regards appuyés des acteurs balisent sans doute aucun. L’héroïne est toujours filmée avec un léger flou pour lui faire la peau plus douce et ses qualités de ménagère, de bonne sœur, fille, future amante et voisine, sont mises en évidence avec insistance. Mais peu de temps après l’entracte, tout bascule et le conte de fées qui avait commencé (pendant 2 h) sans aucune anicroche se transforme en cauchemar. Sans faire dans la demi-mesure, le film nous entraîne dans l’incendie géant de la maison de la mariée où la fête prénuptiale bat son plein.

Les personnages principaux manquent de mourir à tour de rôle, avant que l’héroïne ne s’effondre sous un plancher en flamme. Hôpital, angoisse, bilans chirurgicaux catastrophiques, famille en pleurs : tout est fait pour nous faire croire au film-catastrophe...
Mais soudain le futur mari (qui faisait la première partie de la noce de manière séparée dans sa maison selon la tradition) arrive et fait preuve d’un dévouement sans faille. Alors qu’ils ne se sont encore jamais embrassés, il en fait sa femme « pour le meilleur et pour le pire » J’en ai pleuré !
Les danses n’étaient pas assez nombreuses à mon goût, mais Dieu que cette naïveté du public, qui applaudit à chaque réplique dramatique et au bisou final, est touchante ! Tout notre cynisme européen s’envole : c’est chouette.

Bref. En rentrant à pied nous coucher, nous avons croisé un chauffeur de rickshaw qui nous a invités à son spectacle de marionnettes le lendemain soir, avec deux jeunes Suissesses en année sabbatique. Le monde devenait moins agressif peu à peu.

Un ginger lemon honey sur la terrasse tendance-bobo d’un hôtel restaurant vers 11 h a précédé notre rencontre avec Renaud, notre compagnon des jours à venir...

Jeudi 30 novembre 2006

Réveil à Jaipur dans notre chambre semi deluxe sans carreaux à la fenêtre : la nuit a été fraîche dans cette région pourtant aride.
Nous nous attendions plus de chaleur en Inde, mais il nous faut nous résigner : désormais, les duvets seront de rigueur !
Nous avons donné rendez-vous à Reno à 9 h devant sa guest house, mais comme nous sommes en avance nous choisissons l’option du petit déjeuner luxueux assis sur le toit-terrasse d’un restaurant voisin.
Porridge et thé... C’est très anglais le Rajasthan, je trouve... Reno lui optera pour des beignets frits et très épicés : la nourriture locale de la rue est en effet essentiellement composée de « frites », c’est-à-dire de toutes formes de nourriture salée ou sucrée trempée dans une marmite noire type wok en métal, vue de loin, remplie d’huile de friture.
Conserver sa ligne ici n’est pas une mince affaire...

Nous partons en direction du Fort Ambre dans un rickshaw négocié au tiers de son prix initial. C’est agréable de discuter avec un tiers... Un palais de Maharadjah au milieu d’un étang (à moitié à sec compte tenu de la faiblesse des précipitations de la mousson de cette année) attire notre regard. Sa toiture est couverte d’arbres et les coupoles qui les entourent à l’arrière ressortent sur fond de paysage de montagnes... C’est une bonne introduction à la véritable magnificence de ces légendaires maharadjahs du Rajasthan sous les Moghols...
Arrivés au fort, la même impression de majesté et de puissance nous saisit. Perché sur une colline, entouré d’un plan d’eau et de jardins « flottants », ce complexe architectural est fascinant. Par chance, Reno a pas mal bouquiné avant et son envie naturelle d’expliquer les choses rend la visite agréable (il est instit en temps normal). Il nous explique Akbar, le grand conquérant moghol qui a réussi à consolider l’empire grâce à la tolérance religieuse qu’il a su instaurer et sa politique de mariage mixte (vaincus hindous/vainqueurs musulmans).
Il nous raconte aussi le Veda, et la mythologie hindoue primitive. Il est agréable à écouter et la conversation est fluide. Nous n’avons besoin d’aucun guide. L’architecture intérieure du fort - une sorte de grand palais magnifique, mais imprenable - me réjouit. L’alliance entre l’architecture indienne traditionnelle et l’architecture musulmane conquérante offre une finesse de détails inégalée. Les Moghols aimaient le beau et rien n’est kitsch ici. Tout est fin et presque moderne tant l’attachement aux motifs géométriques fait de ces ornements une typologie quasi universelle : les moucharabiehs de marbre sur 3 m de haut, les murs incrustés de motifs floraux si fins qu’on les croirait peints - lapis lazulis marbrés - et le dédale du quartier des femmes ou le jeu des vues cachées, nous ont tous trois fascinés.

Après avoir envié un couple d’éléphants se baignant nonchalamment dans les douves de l’entrée, nous avons décidé de repartir pour Jaipur. Mais le chauffeur de rickshaw ne l’entendait pas de la même oreille. Il nous a donc tout d’abord entraînés dans une manufacture assez artisanale de « textile » (peinture, impressions couture) où, après de brèves explications, l’étape « shopping » ne s’est pas fait attendre... pour ensuite nous proposer d’aller dans une bijouterie... Au secours ! Que c’est dur d’être un touriste !! (Sérieusement dans des cas comme ceux-là, ça force à se poser des questions sur le sens de sa vie...)

De retour en centre-ville, nous avons décidé d’aller visiter l’observatoire astronomique jouxtant le City palace. Après quelques instants d’hésitations dus la forte agitation régnant en ville (un musulman a été tué par un hindou au matin et l’émeute générale était menaçante), nous nous y sommes tout de même rendus. Autre bonne surprise de la journée : ce champ de sculptures, type « moderniste des années 80 », recèle des trésors insoupçonnés. Chaque « monument » est en fait un instrument de mesure géant de l’heure, du jour ou du mois de l’année en cours, un système de repérage par rapport aux planètes et aux constellations. Nous ressortons de là, la tête pleine de chiffres et de calculs, le ventre vide et l’envie de devenir astrophysicien... Et dire que tout ça a déjà 3 ou 4 siècles... Qu’a-t-on inventé depuis, mis à part la miniaturisation ?

Les montreurs de cobras à la sortie fascinent Reno, qui n’en a pas encore vu. Emmanuel en caresse un... j’hésite...

Une petite parantha aux lentilles plus tard et c’est reparti !

Nous nous dirigeons ensuite vers l’hôtel dans lequel le concert de Narinder rencontré la veille devait avoir lieu... O déception ! Il s’agit d’un petit théâtre de marionnettes devant lequel une Japonaise tente désespérément d’avoir l’air enthousiaste. Les quelques chaises disposées devant le mini-théâtre sont vides. Nous les occupons de peur de reculer désormais, mais les cris stridents que poussent les marionnettes pourtant accompagnées d’un chanteur à la voix grave et d’un drumbass, deviennent à chaque changement de personnage de plus en plus insupportables. Nous nous enfuyons avec politesse...
(Narinder n’était même pas là ce soir de toute manière et c’est son frère qui nous a raccompagnés vers la sortie. Le soulagement qui accompagne notre sortie de cet hôtel de standing : « an heritage hotel » laisse place à une envie de fêter cette soirée qui avait si bien commencé. Un restaurant « bobo indien » nous ouvre justement ses portes après quelques dizaines de minutes d’errance dans cette ville que l’on ne maîtrise pas.
Il faut dire que les Indiens ne sont pas des plus coopératifs : lorsqu’on leur demande notre chemin en pointant une direction pour la vérifier, ils répondront invariablement que c’est la bonne. Si, au contraire, on tente de faire indiquer la bonne direction en question après avoir complètement perdu tout sens de l’orientation, c’est de la même façon sûre et déterminée qu’ils pointeront avec force leur index au bout de leur bras tendu dans une direction tout ce qu’il y a de plus générale (le sens de la rue, celui où l’on se dirigeait avant de les interroger en général)...

La soirée se prolonge par notre premier lassi dégusté dans un boui-boui dégoté par Reno, avant d’aller enfin nous coucher... Demain, le réveil sonnera à 4 h... Nous avons rendez-vous à 5 h au bout de la rue avec Reno pour partir ensemble à Pushkar...



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