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Notre virée en Himachal Pradesh 1/2
Le 23/11/06

Mardi 21 novembre 2006 : Chandigarh/ Shimla

Levés à 4h, dans le bus à 5 h 30 arrivés à Shimla à 10 h 30, c’est notre premier voyage en bus himalachien (voir article « En bus dans l’Himalaya »).
L’arrivée dans la petite ville de Shimla est épique. Des porteurs grimpent dans le bus et se saisissent de nos sacs sans qu’on ait le temps de réagir : le bus est sur le point de redémarrer. On rassemble nos affaires dépliées et on les suit en vitesse. « Cheap hotel cheap hotel » qu’ils disent en marchant bon train. On les suit avec peine : je suis encore une fois « mercalmée » (stone de mon médicament contre le mal de voiture) et on atterrit dans un hôtel relativement cher pour la saison : je demande stupidement une vue, sans penser que par ce froid et avec les fenêtres qui ne ferment pas, on va vraiment s’en mordre les doigts. On s’en mord effectivement les doigts lorsqu’on apprend qu’une chaufferette est facturée en supplément près de la moitié du prix de la chambre...

On sort pour se changer les idées : la ville est « anglaise » - aucun anglais dans le coin mais leur influence est partout. Il s’agit en effet des quartiers d’été du gouvernement britannique de Delhi avant l’indépendance. Après notre arrivée chaotique, le charme n’opère pas tout de suite : je m’énerve contre cette Inde qui m’échappe et me semble bien fade après tout ce qu’on en dit. Nous passons un peu de temps chez un tour operator dans l’espoir de comprendre mieux comment fonctionne la région. On nous confirme qu’on est « hors saison » et que les treks sont finis depuis un mois déjà.

Nous décidons de faire une petite grimpette jusqu’au temple avant de décider de la marche à suivre... Nous nous rendons compte que c’est la promenade des amoureux de Shimla apparemment ; bon c’est déjà ça, pour une fois nous ne sommes pas « hors saison » :).

Le temple est quelconque à mon sens : je ne me fais pas encore aux chichiteries plastiquées des hindous. Le ton monte entre Emmanuel et moi. Mon amoureux à un véritable penchant pour l’Inde et les hindous - il me traite de musulmane ! Si nous savons tous les deux que nos idées vont évoluer petit à petit, cette discussion un peu stérile est intéressante sur un point malgré tout : nous nous rendons compte à quel point le voyage sert de révélateur à nos aspirations et à nos mondes intérieurs respectifs...

La ville qui s’étale sur le flanc ouest de la montagne, brille des mille feux de l’après-midi au moment de notre descente. Nous décidons de l’explorer séparément.

Les escaliers étroits qui relient les rues parallèles aux courbes de niveau nous font penser une fois de plus aux villes yéménites (à Aden entre autres). Sous la place haute et touristique, le « upper bazaar », le « main bazaar » et le « lower bazaar » retentissent tous d’une activité bourdonnante et très indienne : une procession chantant les louanges d’un nouveau guru ralentit considérablement toute circulation piétonne dans le lower bazaar, et les œillets oranges colorent toute la rue. Les maisons de bois s’étagent, serrées les unes contre les autres, en balcons et loggias ouvertes sur la vallée. La vue porte loin et les collines bleutées emplissent l’horizon à l’infini tandis que le soleil se couche face à la ville.

Nous nous retrouvons dans la chambre glacée : il est temps de se réchauffer en profitant de notre voyage à deux !

Mercredi 22 novembre 2006 : Shimla/ Narkanda

Le réveil sonne à 5 h.. mais la pluie résonne sur la fenêtre et nous n’osons pas sortir la tête de la couette - lorsque nous parlons, la buée qui sort de nos bouches bleuies nous effraie un peu... où sommes-nous ?? - Nous décidons de ne pas nous lancer dans l’excursion prévue la veille autour de Shimla et de partir directement pour Narkanda, en espérant que là-bas la neige n’aura pas remplacé la pluie grise d’ici. Nous partons à la recherche de la station de bus dans la boue grise de ce matin déprimant où nous trouvons enfin le bus pour Narkanda. C’est parti pour 4 h de trajet chaotique, glacé, humide et inquiétant (voir article : « En bus dans l’Himalaya »).

Le paysage consent toutefois à changer avec les kilomètres et se fait de plus en plus spectaculaire. Si la neige qui encombre certaines portions de route nous fait un peu peur (nous sommes préparés pour un voyage autour de l’équateur avec sandales et T-shirt surtout...), les terrasses orangées et les maisons qui descendent sur des milliers de mètres dans la vallée nous réjouissent. Ce paysage est nouveau et par chance le soleil sort sur la fin pour le faire briller. À peine, arrive à Narkanda, une petite bourgade de montagne entre Rampur et Shimla, nous jetons nos sacs dans le premier hôtel venu avant de nous lancer dans l’ascension très attendue du Hatu Peak : 14 km aller-retour - pour seulement 800 m de dénivelé -

Mais le challenge est ailleurs : le soleil se couche dans 3 h 30 et surtout... la moitié de l’ascension va se faire dans la neige ! Les chaussures en toile trouée de Manu, conçues pour le désert, sont mouillées en 30 secondes. Les miennes, en cuir non imperméable, le seront aussi, en un peu plus de temps. Le froid nous pénètre rapidement, mais le paysage est incroyable : la neige est vierge de toute trace et brille de mille feux.

Au sommet, un temple hindou (encore un) est posé comme un diamant sur ce tapis d’hermine. Pour une fois le kitsch hindou avec ses petits foulards rouges à paillettes qui flottent au vent me parait sympathique. Nous profitons de la vue, nous l’immortalisons une fois de plus, heureux d’être ici et loin de notre pluie du matin.

La descente au pas cadencé se fait les pieds glaces et le sourire aux lèvres. Nous arrivons à l’hôtel 4 h après le départ : la nuit est tombée, mais nous sommes enfin au chaud... - euh, au chaud ?? À notre arrivée, pas d’électricité dans la chambre. L’hôtelier nous explique que « c’est normal » : seule une partie de l’hôtel y a droit ce soir ! On s’insurge alors avec force. Si on n’a pas droit au chauffage, on devrait au moins avoir droit à la lumière !

Après de dures négociations, il nous transfère finalement dans une chambre magnifique à l’étage - avec électricité pour de vrai- et pour le même prix. Malheureusement, les splendides bow-windows qui, en été, font de cette chambre un paradis terrestre, transforment ce soir de novembre, cette chambre en un véritable frigo ! Et la chaufferette grâce à laquelle nous tentons de faire sécher chaussettes, habits et chaussures, est inefficace face au froid pénétrant. Si le plastique des semelles fond presque, nous continuons d’avoir les doigts gourds...

Ça me rappelle des souvenirs de week-end scout au bord du Rhin en décembre - cette nuit-là je ne dormirai pas, il fait trop froid...

Jeudi 23 novembre 2006 : Narkanda/Sarahan

La nuit a été courte. Il fait toujours aussi froid et les chaussettes ne sont pas sèches. Mais ce n’est pas grave : le soleil est levé et il nous faut repartir. À 8 h nous sommes sur la route. C’est à un bus privé cette fois que nous confions nos vies : il va plus vite, s’il est un peu plus confortable et étanche à l’air que le bus standard, il est aussi nettement plus rapide et « secouant »... Je manque d’être malade, mais finalement non. Serais-je vaccinée contre les tournants ?

Aujourd’hui, nous redescendons dans la vallée avec la ferme intention de rester dans la ville de Rampur... Mais la descente est longue et à peine arrivés dans cette bourgade effervescente près de la rivière, nous nous laissons tenter par la perspective de filer directement dans le petit village de Sarahan, qui abriterait un temple vieux de 800 ans, dont la pratique de sacrifices humains...

Mais, c’est une fausse bonne idée une fois de plus : malgré la courte distance, 17 km, qui nous sépare de ce village, il nous faudra plus d’une heure et demie l’atteindre. Aujourd’hui, nous avons réellement couvert 90 kilomètres en 5 h..

Une fois arrivés, nous décidons de loger dans le complexe du temple en lui-même : quelques chambres sont disponibles en haute saison, et, même si nous sommes les seuls ce jour-là (et depuis plusieurs semaines selon le register book), une chambre nous est quand même proposée... L’impression de calme qui nous submerge à notre arrivée dans le complexe contraste avec l’urgence du départ, la violence des tournants, et l’énervement de l’attente prolongée dans le bus.

Nous partons tout d’abord à la découverte du village en lui-même avant de pénétrer dans l’enceinte sainte proprement dite. Ce village-rue, se développe en suivant une trame de ruelles perpendiculaire à la pente. Les maisons sont toutes de bois, sur le modèle de Shimla, la richesse de certaines ornementations en moins. Mais cet agencement nous attire et une fois de plus nous jouons les indiscrets, pénétrant dans des ruelles sans savoir où aller en attendant qu’on nous dise que « non par là, c’est un cul de sac... » En Inde en effet, nous avons remarqué qu’en dehors de la rue principale, le tissu résidentiel se développe essentiellement autour de culs de sac à plusieurs branches qui servent de « cour collective étirée ». Les femmes y fourgonnent sur le pas de la porte dans des potailles, tandis que les enfants jouent pieds nus. Les hommes y attendent détendus que la fin du jour se passe, et la maison y trouve un prolongement extérieur naturel. Les couleurs des habits des femmes et de la lessive qui sèche (comment peut-il sécher dans ces ruelles étroites sans soleil et par ce froid ?) contrastent fortement avec le noir du bois vieilli.

Après quelques sourires et quelques demi-tours nous décidons de nous attabler à un des deux restaurants de la « place principale » (élargissement de la rue piétonne qui irrigue le village) pour déjeuner tardivement d’un thalis (plat traditionnel, essentiellement de riz et de naan, et de différentes « sauces » : potée de lentilles épicées, ou de patates le plus souvent) que l’on mange, comme au Yémen grâce à la galette de pain découpée à la main. Nous apprenons à nos dépens que thalis ne signifie ni « riz » ni « traditionnel » mais « à volonté », et, dès que j’ai fini « une case » du plat, je suis resservie... Mais on arrive finalement à stopper l’hémorragie. Ouf !

On se lève le ventre plein, bien décidés à entrer dans ce fameux temple à sacrifice humain. Une fois tous les objets en cuir (ceinture, porte-monnaie, etc.) ainsi que les chaussures et les chaussettes sont déposés dans la deuxième enceinte (oui, oui, oui que c’est froid le marbre en novembre à 3000 m d’altitude), nous pouvons enfin pénétrer dans la troisième enceinte du complexe. Et là c’est le choc. Des dizaines d’ouvriers grouillent sur le marbre maculé de sable et de mortier : à la place de l’ancien temple, un vide béant... les fondations je suppose...

Les ouvriers pellettent deux par deux, creusent, déblaient, remblaient, empilent, soufflent, trient, rempilent...

Heureusement, la réplique de ce bâtiment fragile réalisée il y a 80 ans est encore debout à côté, mais je ne me remets pas de la déception. La visite est fade, et malgré la découverte d’un nouveau procédé constructif (ici les constructions adoptent un procédé mixte pierre bois, typiquement tibétain apparemment et qui donne une touche particulière aux temples en encorbellement) nous ressortons déçus de l’ensemble...

Nos points rouges sur le front faits par un brahmane de circonstance témoignent des hommages que nous avons rendus aux Dieux, et nous ressortons avec des friandises à manger. Je trouve ça un peu ridicule : nous ne comprenons rien à ce rite fait de mantras superstitieux et débités à toute allure par un homme désabusé, mais nous sommes de la visite malgré tout.

Après une pause mal de tête pour moi (je me suis violemment heurté la tête dans le temple - Manu m’a dit que c’était parce que je ne respectais pas assez Vishnu... allez savoir !), nous avons finalement décidé de ne pas nous laisser abattre et de ressortir pour profiter du cadre exceptionnel qu’offrent ces montagnes. En suivant un flot de collégiennes qui sortent de l’école, nous empruntons une route qui a l’air de s’échapper du village vers les hauteurs.

Au détour d’un buisson, un « mini temple », nous interpelle au soleil presque couchant. Un homme âgé au visage orné d’une longue barbe blanche nous invite à le rejoindre sur son tapis étalé sur la dalle en marbre autour du temple. Nous nous apercevons qu’une grotte creuse la roche mourante sur la dalle : sa maison. Cet homme est en réalité un « god servant », une sorte d’ermite en fait, qui vit d’aumônes, de cours de yoga et de méditation et qui habite donc ici toute l’année. La large traînée noire qui marque la roche au-dessus de l’ouverture principale témoigne des feux qu’il fait pour tenter de se réchauffer lors des hivers rigoureux : je le plains intérieurement, mais son sourire paisible et ce décor étrange nous réconcilient peu à peu avec la journée étrange que nous venons de vivre.

Il nous donne le courage de repartir.

L’ascension est de courte durée : une réserve de faisans nous interpelle en chemin. Ces oiseaux au plumage incroyable et aux coupes de cheveux des plus improbables, du punk à la houppette du classique paon, constituent un témoignage de la diversité animale naturelle qui autrefois peuplait ces forêts montagnardes. L’endroit est perdu au cœur des arbres et nous nous sentons une fois de plus seuls au monde. Le soleil se couche sur les montagnes enneigées face à nous. Après avoir traîné et exploré l’endroit, nous redescendons. Dans les arbres alentours nous reconnaissons alors des oiseaux au plumage étrange : la ré-acclimatation à la vie sauvage semble réussie.

De retour au village, et après de menues courses de bouche (radis blanc, pain, fromage, tomates et médicaments), nous courons nous réchauffer sous la couette avant de trouver le courage de ressortir dans la nuit noire (vers 7 h 30) pour aller dîner « chaud » dans un restaurant non ouvert à tous les vents (à l’inverse de tous les autres restaurants du village). Nous atterrissons dans la grande salle glacée du seul autre hôtel ouvert du village, qui abrite ce soir un seul autre client - que nous ne verrons pas. Le dîner est étrange, en doudoune et bonnet, tandis que le serveur nous sert cérémonieusement soupe et american chowmein.

Nous rentrons nous glisser sous la couette. Une fois de plus nous avons la ferme impression qu’il est minuit passé. L’écran lumineux du portable que je règle dans la nuit me renseigne sur mon erreur : il est neuf heures ! Dieu que le rythme du ramadan yéménite est loin !

La suite : Notre virée en Himachal Pradesh 2/2



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