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Un trek à couper le souffle
Le 28/06/07

Dimanche 24 juin 2007

En arrivant à Caraz, en fin d’après-midi l’autre jour, nous avions bien dans l’idée de nous renseigner sur le trek de Santa Cruz, mais nous étions encore si secoués par notre passage très chaotique en équilibre au-dessus du précipice du Cañon del Pato, que l’idée de partir le lendemain matin à 5 h ne nous tentait pas tellement.
Et pourtant.
Une petite visite plus tard chez le seul loueur de matériel du village nous a mis le pied à l’étrier sans même nous en rendre compte. En moins d’un quart d’heure, nous avions signé pour une tente « 4 saisons » (qui supporte apparemment aussi bien la neige que la pluie), un réchaud, un duvet « moins 9 degrés » et un tapis de sol double épaisseur.
Sans avoir eu le temps de le réaliser, nous nous étions engagés pour effectuer un trek de 4 jours dans la cordillère des Andes, qui allait nous faire monter aussi haut que le Mont Blanc.

Le petit marché de Caraz qui nous a accueillis ce dimanche soir là, soudain tout fiévreux devant l’urgence de la situation, n’est visiblement pas fait pour approvisionner des petits trekeurs autonomes. Contrairement à Huaraz la capitale sportive de la vallée où nous séjournerons à notre retour de trek. Ici, il n’y avait que des indigènes soucieux de vivre le plus quotidiennement et confortablement du monde.
Une petite mémé à qui nous avons acheté un petit sous-pull chaud en polaire et à qui nous demandions où il était possible de nous procurer de la « comida seca para la montaña », nous a indiqué un stand de poulet-frites !
Non vraiment, il n’y a que les gringos pour décider de passer 4 jours à marcher et à dormir dans la montagne « for the sake of it ! »

Tout autour de nous, les échoppes croulaient sous les sacs emplis de céréales en tout genre... toutes nécessitant de longues heures de cuisson évidemment. Heureusement, nous avons fini par trouver les « nouilles chinoises » qui allaient constituer la base de notre régime alimentaire, ainsi que les tonnes de boites de thon qui nous restent encore aujourd’hui sur les bras.
Nous avons ensuite reconfiguré nos sacs avec fébrilité, laissant tout ce qui n’était pas absolument utile sur place, et en espérant ne pas oublier l’essentiel...
Et dire que nous avions mis plusieurs semaines avant de préparer notre aventure de 4 jours dans le Vercors !!

Lundi 25 juin 2007

À 4 h, le réveil a sonné.
À 5 h, nous étions passés sous la douche glaciale.
À 6 h, nous étions dans la voiture-taxi-bus.
À 8 h, nous étions sur la piste.

La température au départ du trek à Cachapampa nous a surpris. Malgré les préparatifs de la veille, il nous a paru un peu difficile de perdre 20 degrés d’un coup... Dieu que les climats dans cette partie du monde sont multiples et contrastés !!
Les deux premières heures de montée du départ nous ont mis dans l’ambiance : nous allons gagner l’émotion esthétique que nous cherchons à la sueur de notre front !
De l’ombre des eucalyptus qui bordaient la rivière enfoncée dans ses éboulis de rochers, nous sommes peu à peu passés à des paysages idylliques. Des scènes champêtres dont chaque détail n’en finissait pas de me ravir !
Comment est-il possible que la nature sache si exactement bien faire les choses ? Chaque branche d’arbre, chaque rocher, chaque amas de mousse sont ici parfaitement disposés pour accueillir les tressautements tout en éclats diamantesques de la rivière !
10 fois, 20 fois, je me suis arrêtée pour m’extasier.
10 fois, 20 fois, il a fallu s’arracher à la contemplation de ces espaces presque intimistes qui se succédaient le long de ce chemin au grand air, pour avancer.
La salle de bains moderniste tout en rochers et eaux turquoises dont un petit cactus rouge venait agrémenter les parois, nous a accueillis pour l’heure du déjeuner.
Pourquoi les architectes cherchent-ils leur inspiration dans les œuvres de leurs confrères ? La nature est tellement douée !
Qu’il s’agisse de donner la dimension juste d’une cathédrale ou le sentiment précis d’intimité d’une salle de bains, elle est, je le pense maintenant, bien supérieure à nombre de mes confrères...

La journée s’est poursuivie sous la chaleur douce du soleil enfin révélé, et c’est dans une vaste prairie, au cœur de laquelle la rivière s’est mise à faire des lacets langoureux, que nous nous sommes arrêtés.
Les vues sur les glaciers alentour se déployaient en vision panoramique.
Quelques tentes étaient déjà plantées sur le bord de cette vallée verdoyante.

Mais, tout ça venait de m’échapper.
Un mal de crâne terrible accompagné de violents spasmes nauséeux venait de me saisir.

Le mal des montagnes.

Nous étions à peine à 3800 mètres, et 1000 mètres nous séparaient encore de notre col final, mais j’étais terrassée.

Par chance, un couple de jeunes étudiants en médecine british, nos compagnons de voyage pour la suite du trek, nous ont aidés à monter notre tente futuriste et ont pris mon problème très au sérieux. En une heure à peine, ils avaient trouvé dans une autre tente un médicament fort puissant capable de me soulager.

Toute tortillée dans mon duvet, alors qu’il était à peine 5 h 30 de l’après-midi, j’ai avalé la pilule sans me soucier des effets secondaires... Effets secondaires heureusement plus drôles que tragiques, mais qui m’ont un peu plus fait me sentir dépossédée d’un corps qu’hier encore je croyais connaître. Mes mains et mes pieds se sont mis à piquer avec fureur et en alternance sur un rythme incompréhensible...

Mardi 26 juin 2007

Au réveil à l’aube, le lendemain matin, malgré une légère nausée persistante, nous décidons de continuer. Nous n’avons que 500 mètres sont à gravir dans la journée, et tout en douceur.
Les paysages que nous traversons ce jour-là diffèrent radicalement de ceux de la veille. La vallée s’ouvre soudain et les horizons se dégagent. De grands lacs vert turquoise, d’immenses prairies vert tendre au cœur desquelles paissent d’incroyables chevaux sauvages font places aux saynètes champêtres d’hier.

Aujourd’hui, nous marchons d’un bon pas, et, malgré une chouette pause de midi avec nos compagnons anglais, nous arrivons de très bonne heure au prochain campement. Il semble que le médicament ait fait effet, et je me sens des ailes.
En moins d’une heure, nous avons installé le campement de base.

Il est 3 h 15 de l’après-midi et le soleil ne se couche que dans 3 h.
La vue du panneau indiquant l’altitude du campement, 4250 mètres, donne un phénoménal coup de pouce à mon moral et je presse mon homme de me suivre dans une exploration supplémentaire, vers un cirque de montagnes, à une heure de là, je l’espère.
Cette fois, nous partons sans nos sacs et pendant quelques instants nous avons l’impression de voler.
Le chemin n’est pas aussi bien marqué que celui du trek principal et il s’accroche à flanc de montagne, au cœur des broussailles. Après une brève descente, une montée quasi invisible donne le ton. Le soleil descend plus rapidement que je ne l’aurais cru. Nous pressons le pas. Le cirque est encore loin, et à chaque pli de montagne que nous franchissons j’ai l’impression qu’il recule. Nous parvenons enfin au niveau de l’entrée de la haute vallée qui y mène. Ça fait déjà une heure que nous marchons et mon cœur bat vraiment très fort. J’ai l’impression étrange de toucher le bout de mes limites physiques alors qu’Emmanuel respire normalement.
... Si quelqu’un nous voyait, sans aucun doute, c’est moi qu’il blâmerait de fumer trop !

Le cirque en lui-même est un peu décevant. Un fond de vallée déjà noyé dans l’ombre au fond duquel le campement de base pour gravir le sommet enneigé qui le domine, l’Alpamayo, est le seul point de repère.
Par contre, avec le recul le point de vue sur la chaîne de montagnes face à nous de l’autre côté de la vallée, et qui rougeoie sous les derniers rayons du soleil, est fabuleux.

Mais il est déjà temps de faire demi-tour.
Et là, je comprends brusquement que je ne suis plus au bout de mes limites, mais que je les ai dépassées. Bien que le gradient soit en moyenne négatif et que nous montons moins qu’à l’aller, j’ai à maintes reprises l’impression qu’il me sera impossible ce soir de rejoindre notre tente. Poser un pied devant l’autre relève de la mission impossible. Jamais encore je n’avais eu à ce point la sensation de sentir mon coeur, et de le sentir avoir mal.
Un énorme étau l’enserre.
L’altitude.

Emmanuel heureusement est parfait et s’adapte à mon rythme. De retour au camp tandis que je m’effondre sur mon duvet, c’est encore lui qui met à cuire notre potée de nouilles sur notre réchaud récalcitrant. Et c’est toujours lui qui, alors que la nuit est tombée et que la rivière est difficile d’accès, va faire la vaisselle dans une eau qui ne doit pas dépasser les 2 degrés.

Cette nuit, Emmanuel a rêvé d’un tremblement de terre et s’est réveillé en sursaut. En fait de secousse sismique il s’agissait tout simplement d’une vache surexcitée qui, à 3 h du matin a décidé de foncer dans notre tente !
Les vaches ici sont folles. Peut-être, est-ce l’altitude qui leur monte à la tête, mais il me semble que c’est le monde à l’envers. Ce sont elles qui coursent les chiens par ici, et, loin d’être timides, elles n’hésitent pas non plus à pointer leur énorme museau à l’intérieur des tentes afin d’y trouver, la chaleur ou bien la nourriture qui leur manque...
Un Australien à la retraite, et qui voyage seul, a eu le choc de sa vie en voyant une de ces énormes bêtes tenter de rentrer tout entière dans sa petite tente canadienne !

Mercredi 27 juin 2007

Ce matin, l’extrême lassitude et l’épuisement insurmontable de la veille ont disparu. Le froid piquant, qui nous réveille sur le coup des 5 h, est là pour nous maintenir en état d’alerte.
Tout, autour de nous, est gelé. L’herbe, la tente, les ustensiles de cuisine.
Mais, un bon porridge plus tard et quelques rayons de soleil sur notre bord de rivière isolé, nous voilà repartis.
Ce matin, on ne plaisante pas : nous avons pour mission de gravir le Mont Blanc ; il est hors de question que l’on échoue.
La paroi qui se dresse face à nous est en contre-jour et elle semble dure à gravir.
Pourtant, un chemin en lacets nombreux et bien dessinés est là pour nous aider.

Petit à petit, le soleil baigne de lumière cette face du pic et nous nous rendons compte que, finalement, ce ne sera pas si dur que ça. Les pauses sont fréquentes et l’ambiance est bon enfant. Tout le monde ce matin est parti tôt et nous sommes un peu moins d’une dizaine à nous retrouver à chaque palier.

Une fois pour enlever les polaires de l’aube.
Une autre fois pour admirer, en face, un autre lac turquoise au pied d’un glacier à la hauteur duquel nous arrivons désormais.
La dernière étape est la plus difficile, mais la motivation est à son comble.

C’est un col que nous devons atteindre.
Au cœur de la paroi de roches noires qui se dresse face à nous, une petite encoche nous laisse passer. Nous sommes à 4750 m d’altitude et en quelques secondes nous surplombons soudain deux vallées à l’ambiance très différente.
D’un côté le lac turquoise et la rivière que nous venons de passer deux jours et demi à suivre.
De l’autre une vallée en forme de virgule, jaune vert, ponctuée de lacs sombres qui répondent aux parois noires du cirque montagneux qui les entourent.

L’euphorie nous gagne et nous restons longtemps posés en équilibre sur le sommet du mur de roches noires à contempler, tour à tour, la blancheur éclatante des pics parfaits qui s’offrent à nous, côté Caraz, et la noirceur de la roche qui va bientôt nous entourer, coté Vaqueria.

Mais la descente « de l’autre côté » n’est pas si sombre que ça. Au contraire.
Au fur et à mesure que le paysage se déploie en perspectives humaines et non plus aériennes, il se fait de plus en plus hospitalier. Le lac si noir vu d’en haut est en réalité une charmante pièce d’eau claire qui se pose au cœur d’un tapis moelleux d’herbes sèches.
C’est l’endroit que nous choisissons pour refaire le monde avec nos British préférés.

La fin de la journée, tout en course effrénée à travers une vallée qui se resserre et se revégétalise de manière presque luxuriante, est excitée.
J’ai l’impression d’avoir trop d’oxygène soudain et pour la première fois, la nausée terrible qui me tenait par les entrailles depuis deux jours s’estompe. Ce soir, je vais pouvoir manger en en ayant envie !
Les histoires fusent, les bons mots et les plaisanteries aussi. Les éclats de soleil répondent aux bonds que nous faisons de pierre en pierre pour descendre jusqu’au campement suivant.

C’est notre dernière nuit sous la tente, la troisième seulement, mais il me semble que ça fait une éternité que nous sommes partis. Les gestes sont maintenant rodés et nous faisons corps avec notre maison.
Heureusement d’ailleurs, parce que la nuit sera glaciale. Nous sommes redescendus à quelque 3800 mètres et, même si j’ai l’impression d’être sur le plancher des vaches, la présence plus proche de la rivière et la configuration particulière du campement ne nous épargnent pas.

Jeudi 28 juin 2007

Nous nous réveillons souvent depuis quelques jours. L’altitude, le froid, la nausée... et cette nuit, la peau qui pique. Ça fait presque 4 jours que notre corps n’a pas eu la chance de croiser une goutte d’eau - si ce n’est sur le visage les mains et les pieds - et je n’en peux plus.
Prise d’une impulsion subite sur le coup dès 5 h du matin, je me lève dans la nuit encore noire, et je vais m’asseoir sur les bords de la rivière glaciale. Les brocs d’eau à côté de la tente se sont transformés en bloc de glace, mais je n’en peux plus. Je profite de la nuit et du sommeil des autres pour me dévêtir et, à l’aide de notre serviette de piscine, me laver sommairement.
C’est fou et fébrile, mais c’est génial.
Et dire que je me plains des douches froides quand il fait à peine moins de 20 degrés !

Le réveil officiel ce matin est un peu spécial. Nos amis anglais ont levé l’ancre très tôt, et nous sommes nous aussi sur les chemins bien avant que le soleil ne daigne effleurer de ces rayons miraculeux l’herbe givrée.
Ce soir, nous serons à Caraz et les 5 h de marche que suivront 5 h de bus nous séparent encore de notre lit.

Le paysage me fait penser à celui du premier jour, dans un registre esthétique un peu différent. Les sous-bois sont de retour, mais la rivière ne les longe plus. Au contraire, une large plaine, engoncée au creux d’un canyon noir, est striée de multiples rivières d’or et d’argent qui sculptent des figures abstraites très esthétiques. Manu me dit qu’en Corse, on appelle ça des pozzines. Soit. Mais ça ne transmet vraiment rien de la magie de la chose !

Plus tard, les premiers signes de vie animale domestique font leur réapparition en force. Veaux, vaches, chèvres, moutons, ânes et cochons, disséminés dans un vaste tapis marécageux, bêlent, hennissent et meuglent à tour de rôle. Ils ne sont pas nombreux, mais leurs cris habitent totalement cet espace enfin ensoleillé.
Manu comme d’habitude fait montre de ces talents inégalables d’imitateur et réussit presque à convaincre un mouton perdu de le suivre, rien qu’en bêlant à la perfection. C’est très marrant de voir le mouton lui répondre !

Plus loin et plus tard encore, notre premier village depuis 4 jours. Toits de chaumes et de tuiles parsèment un camaïeu de champs violet, or et vert pâle. Les murs des maisons sont faits soit de briques de terre crue séchée « faites maison » (nous les avons déjà vues à plusieurs reprises sécher au bord des chemins), soit de sortes de coffrages successifs de terre crue mêlée de paille, une sorte de torchis très sombre, qui s’étagent en couches de 30 à 50 cm de haut, séparées à chaque fois par de minces couches de pierres ou de bois.
Des petites silhouettes roses et turquoises s’agitent en contrebas. On a l’impression d’être dans une maquette, c’est terrible.
Une grand-mère râlante en costume traditionnel sort les moutons d’un petit parc au milieu d’un champ fraîchement labouré.
Plus loin, un homme tente tant bien que mal de creuser le premier sillon d’un champ très en pente entre quelques maisons, à l’aide d’un soc de charrue très très sommaire et d’une paire de bœufs récalcitrants.
Des enfants courent vers nous.

La traversée de ce village, qui s’étale sur plusieurs kilomètres, tellement les maisons et les champs s’entremêlent en un tissage parfait est vraiment chouette. Ça fait longtemps que nous n’avons pas eu l’opportunité de passer du temps dans une zone rurale si « traditionnelle ». Ça me rappelle bien sûr nostalgiquement le Yémen...
De l’autre côté de la rivière et alors qu’il nous faut remonter un flanc de colline bien raide avant d’attendre notre point de départ des collectivos, nous croisons sur notre chemin un spectacle étrange.
Des cris de bête qu’on égorge me saisissent quelques centaines de mètres avant même d’apercevoir la scène. Leur puissance est terrible.
Arrivés à leur hauteur, nous apercevons enfin, au pied d’une maison-ferme au bord du sentier, trois hommes penchés sur une forme animale noire. Je n’arrive pas bien à regarder et pourtant nous passons à quelques centimètres du cochon que l’on est en train de castrer...

Welcome back to real life !



Ca discute...

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