Petite Escapade - Tour du Mondehttp://chez.emba.free.fr
Le Carnet de Route > Histoires extraordi... > Bolivie
 
Qui, Pourquoi et Comment
 
   • Nous deux
   • Avant le départ
   • Keep your eyes open !
 
 
Le Carnet de Route
 
   • Au jour le jour
   • Photographies
   • Histoires extraordinaires
 
 
Et aussi...
 
   • Le Coin des Voyageurs
   • Les Prises de Tête de M.
   • "Bibliographie"
 
Le Huayna Potosi au bout du piolet (II)
Le 24/07/07

Voir Photos :
Ascension du Huayna Potosi, 6088m - 1er jour
Ascension du Huayna Potosi, 6088m - 2nd jour

Dans la Nuit

Vers 2 h du matin finalement, toute la petite équipe est prête à partir... Nous sommes apparemment les premiers à lever le camp.
Les guides nous expliquent brièvement la technique à suivre : nous sommes trois par cordée, dont le guide. La corde doit rester du coté du bas de la pente pour ne pas s’y emmêler les pieds, le piolet doit être tenu de l’autre coté, coté haut de la pente, pour qu’il soit efficace en cas de chute.

Voilà, c’est parti... Chacun porte sa lampe de poche qui éclaire les traces laissées par celui de devant. Les deux cordées se suivent dans le noir et le vent. L’ascension devrait durer entre 4 et 7 heures.
Tout de suite, ça me rappelle l’ambiance de l’ascension du Mont Blanc que nous avions tentée il y a bien 10 ans avec les scouts...

Mal réveillés, sonnés par le vent et le froid, nous avançons, un pied devant l’autre, sans trop réfléchir, suivant la tache lumineuse qui nous précède... Coupés un peu du monde, pris dans le cocon de nos couches de vêtements empilés pour résister aux -15 degrés ( !), cette marche nous hypnose, et les heures passent vite.

Parfois pour couper la rêverie, j’éteins ma lampe-torche et je marche dans le noir. Alors, je lève la tête et regarde les étoiles au-dessus de moi.
Et j’essaye de « réaliser » le monde autour de moi : des étoiles par milliers, des mètres de neige immaculée autour de nous, au loin les lumières de La Paz qui scintillent sur l’Altiplano, et plus haut le sommet qui nous nargue. Cette reprise de conscience excitante me redonne de l’énergie.
Malheureusement, la tête dans les étoiles, je sors de la trace, m’enfonce dans la neige et oups... j’essaye de retrouver le droit chemin en titubant...

Pas facile de faire des pauses... Les guides ont l’air pressé.
Je tente de resserrer si vite une de mes chaussures qu’à la fin d’une de ces pauses éclair, que je suis complètement essoufflé par les efforts réalisés. Plus tard, je m’étouffe presque en essayant d’avaler le plus rapidement possible une barre de chocolat qui ne veut pas fondre dans ma bouche...

Le « Mur »

Au bout de 4 heures de marche, nous arrivons devant une petite difficulté technique... La plus grosse difficulté de l’ascension ! Un grand mur de neige est devant nous. Nous devons le grimper.
En haut, c’est le sommet.
On nous avait bien dit qu’à la fin, la dernière partie serait un peu difficile...
Dans la nuit, nous avons du mal à distinguer le bout du « chemin ».

Le guide nous explique que l’on va tenter l’ascension, mais qu’étant donné le vent, peut-être allons-nous faire demi-tour. Ce serait en effet trop dangereux de continuer dans cette pente à 50 degrés.

C’est parti. Au début, j’avance en « crabe » : de profil, je monte la pente en escalier. Nous sommes vraiment essoufflés. Je m’aperçois que tous les autres sont à 4 pattes. Je fais comme eux. Je plante mon piolet au-dessus de moi, je monte un pied de 20 cm puis l’autre à la même hauteur, je souffle, je souffle et je recommence.
Cette montée est un vrai calvaire.
Nous sommes épuisés par le manque d’air. Mais il faut continuer. Quand je traîne un peu, la corde qui me relie à Magali se tend un peu plus... Ça y est, elle est complètement tendue, il faut que je continue...

Je vois Magali qui souffre beaucoup devant moi. Elle a de nouveau envie de vomir, le mal de l’altitude... Elle est pliée en deux devant moi, elle crache.
J’ai régulièrement ses crampons juste au niveau de mon visage. Mieux ne vaut pas qu’elle décroche de la paroi...

On n’en peut plus... Même si je ne suis pas malade, je suis réellement épuisé. Je ferais bien des pauses plus longues. Mais le guide, premier de cordée, avance, donc Magali avance, donc j’avance...

Magali est courageuse. Elle souffre beaucoup, sans doute plus que moi, et pourtant ne se plaint pas.
Le guide qui avait proposé à Magali d’abandonner en bas du « mur », lui crie maintenant qu’elle ne peut plus faire demi-tour ! Nous désormais sommes à mi-parcours.
Le guide nous encourage et nous fait le compte à rebours du dénivelé : « encore 100 m ! », « encore 80 m ! », « encore 20 m ! »

Enfin !

Après une heure d’escalade à bout de souffle, on y arrive ! On y est arrivé ! 6088 m !

Quelle joie ! Je suis entre les larmes et le rire ! Un sommet m’a rarement fait autant d’émotions.
Je ne peux m’empêcher de couvrir Magali de bisous pour la remercier de son effort, elle qui n’était pas si chaude pour faire un 6000m !
(Magali, par contre, a du mal à encaisser cet effort. Elle fait une drôle de tête assise sur la neige.)

Étonnamment, les deux guides ont l’air presque plus heureux que nous d’avoir atteint le sommet !
Ils n’arrêtent pas se prendre en photo pendant 10 minutes ! On a l’impression que pour eux aussi c’est leur première fois...

Pendant la montée, le ciel s’est petit à petit éclairé et le soleil nous fait le cadeau de se lever 2 minutes après notre arrivée. C’est magnifique !

On voit La Paz, toujours illuminée. Au nord, les nuages bas cachent sans doute la forêt tropicale.
À l’ouest, nous voyons nettement le lac Titicaca. Plus près, nous sommes entourés d’autres sommets.

Nous sommes le seul groupe à avoir atteint le sommet pour le moment. Les autres arriveront au moins une heure plus tard.

Le retour

Trop rapidement, les guides ont décidé qu’il fallait redescendre. On ne prendra pas le même chemin. On va suivre une crête vers le Nord. Par sécurité, les cordées sont inversées, je me retrouve donc le premier. Le premier a essayé de trouver le bon chemin sur cette crête qui donne directement dans le vide des deux côtés.
Au bout d’un quart d’heure, nous nous retrouvons au pied du « mur » qui nous a fait tant souffrir.

Que c’est bon de voir les autres cordées qui commencent son ascension avec difficulté, alors que d’autres, le visage inquiet et fatigué, à son pied, doutent de leur physique pour réaliser cette dernière « ligne droite » vers le sommet, et abandonnent !

La descente sera assez agréable, dans le soleil et la neige immaculée. On découvre alors avec étonnement le chemin que l’on a parcouru pendant la nuit, les crevasses que l’on a frôlées, la beauté des formes neigeuses et des cascades de glace bleutée.

Enfin, nous arrivons au refuge que nous avons quitté 9 h plus tôt. On mange un peu, préparons nos sacs. Quand tout le monde est prêt, c’est reparti.

Alors qu’on croyait que le plus dur était fait, la descente du premier jour s’avère périlleuse. Chaussés de nos seules chaussures habituelles, il nous faut descendre 400 mètres de dénivelé sur un chemin couvert d’une fine plaque de glace glissante.

Quelques heures plus tard, nous sommes de retour à l’hôtel.
Couchés tous les deux à 18 h pour un petit somme, nous nous réveillerons que le lendemain !



Ca discute...

Réalisé avec SPIP - article.html