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La forêt reprend ses droits (Parc Noel Kempff 2/2)
Le 13/08/07

Si, on y va !

Levés à 4 h le lendemain nous prenons pour la énième fois la mesure du temps bolivien à rallonge... Il nous faut en effet bien 3 bonnes heures pour décoller !

Et pourtant, du temps, cette journée-là, nous en aurons besoin.

En effet, le débat avait fait rage la veille : devons-nous tenter de nous rendre à la cascade qui signe une des identités du parc ou nous contenter de nous rendre sur la Meseta (le plateau surplombant le parc) ?

De manière plus ou moins compréhensible, le staff local avait tenté de nous dissuader de nous rendre à la cascade : un petit pont aurait cédé à la saison des pluies il y a 8 mois de ça, et la route serait bloquée...

Mais de ça, nous voulons nous en rendre compte par nous-mêmes !
Sur place, nous nous sommes donc bien rendus compte que le petit pont en question était abîmé...
Cela dit, il a fallu moins d’une demi-heure à nos guides débrouillards pour le « réparer »...
Où est donc le problème ??

Moins de 100 m plus loin, nous allions prendre sa réelle mesure.

Entre le petit pont effondré et le campement à quelques kilomètres de la cascade que nous voulions atteindre, il nous reste encore quelque 30 bornes à parcourir.
30 km que nous allions mettre la journée à parcourir, dans la sueur et la bonne humeur...

La forêt a repris ses droits

Une des raisons expliquant l’état d’abandon dans lequel nous avons trouvé la piste est que le parc Noel Kempff Mercado n’est pas du tout un parc touristique. Il est avant tout considéré par le gouvernement comme un des « poumons » de la Bolivie.

Et les seuls visiteurs, jusqu’il y a peu, étaient essentiellement des biologistes et des scientifiques venus y faire des relevés.
(Ceci expliquant cela, je comprends mieux la présence d’un « aéroport » au cœur de ce parc...)

C’est la petite communauté de Florida, qui en réclamant il y a quelques années de ça, le droit de pouvoir elle aussi exploiter le parc à sa manière, puisqu’on lui avait volé des terres communales pour le constituer, a déclenché son ouverture au tourisme. Puisqu’il n’est pas permis d’y couper du bois, qu’au moins on lui permette d’y faire entrer quelques touristes de temps en temps !
Ce droit ayant été accordé dans le cadre d’un accord plus vaste sur le parc et le retour des terres aux indigènes, quelques dizaines ou centaines (maximum) de touristes par an visitent aujourd’hui le parc. Pour autant, personne n’est encore chargé d’entretenir les chemins ou les infrastructures existantes...

Or nous sommes, faut-il le rappeler, au cœur de la forêt vierge. Et la végétation par ici pousse très très très vite !

Le premier tronc d’arbre, découpé à l’aide d’une petite hache, nous a pris environ un quart d’heure. Nous nous apprêtons à remonter en voiture quand nous apercevons juste derrière notre premier mur de ronce...

Et c’est à ce moment-là que les hommes ont pris les machettes et se sont lancés à l’attaque.

Papillons venus d’ailleurs

Quelques centaines de mètres plus loin, le même scénario s’est en effet reproduit. Deux kilomètres après également.
Et nous avons continué à avancer, comme ça, au gré des caprices que la nature avait bien voulu poser sur notre chemin.

Petit à petit, les hommes sont devenus de plus en plus transpirants, les insectes se sont faits de plus en plus nombreux.

La casquette de Ronald s’est graduellement couverte de mini-abeilles. Par centaines, elles se sont mises à nous suivre dans notre progression au cœur de la forêt dense qui avait repris ses droits.
D’autres insectes tout aussi inconnus les uns que les autres ont continué à vouloir se greffer à tout prix sur nos corps transpirants.
Des blancs, des noirs, des verts, des rouges, des duveteux, des piquants, des effrayants, des bruyants...

Par chance, tous n’étaient pas menaçants, et dans ce décor irréel de palmiers, de lianes et de troncs gigantesques, de temps à autre, un énorme papillon bleu roi, d’une envergure de près de 20 cm nous passait en voletant sous le nez...
En plus d’être magnifiques, ces papillons ont une manière de voler tout à fait à part. Ils sont tellement hors de proportion qu’on dirait de grands oiseaux qui prennent leur temps pour avancer...

Et pourtant, qu’ils sont durs à photographier !

Cuisine locale

Lorsque la nuit est tombée et que nous sommes enfin arrivés au « camp », nous n’avons donc pas été surpris de nous rendre compte que, comme sur le chemin, l’herbe avait poussé au point de nous atteindre les épaules par endroits et qu’il allait être assez difficile de planter la tente...
Mais après 30 troncs d’arbres et je ne sais combien de murs de ronces, nos guides avaient la main.

La dalle aussi : on avait dû oublié le repas de midi !

Mais notre cuisinière était vraiment parfaite. Avec quelques branchages, elle nous a fait un petit feu, sur lequel elle a mis la potée à cuire. Et au bout de quelques heures à peine, soit le temps de se rincer dans le ruisseau tout proche et de cueillir quelques citrons sauvages pour faire de la limonade, nous étions prêts à dîner !

Le lendemain par contre, en nous rendons compte qu’elle avait suspendu l’énorme steak dont elle découpait chaque jour des morceaux pour épaissir la sauce des pâtes, sur une poutre d’un ancien abri sur lequel nous avions même eu peur de suspendre nos habits sales, nous avons un peu déchanté...
Il est toujours plus agréable de ne pas avoir à jeter un œil en cuisine !


L’arbre de sang

La découverte le lendemain dans la cascade était chouette. Entourée d’une paroi verticale de 120m de haut sur laquelle grimpent des familles entières de singes, cette chute d’eau est impressionnante même en saison sèche.
Mais qu’est-ce qu’elle est froide !

Mais plus encore que la cascade, nous pouvons aujourd’hui apprécier la connaissance de nos guides après avoir testé leur résistance de bûcherons hier.
En nous trouvant des plantes médicinales à tout bout de champ, ils me donnent l’impression qu’on se balade dans une pharmacie géante au cœur de cette forêt qui change sans arrêt de visage.
Après la rose géante guérissant les calculs rénaux (un arbre qui se protège des singes par une carapace d’épines énormes), je suis surtout impressionnée par l’arbre de sang.
Aussi incroyable que ça paraisse cet arbre pleure du sang - même texture, même couleur, presque même odeur - dès qu’on entaille son écorce.
Mais ce liquide précieux n’est pas perdu pour tout le monde : je ne perds pas une minute pour tester ses propriétés calmantes. Et je l’applique sans compter sur les centaines de piqûres qui décorent désormais mes jambes. Effet garanti.
(Pour l’eczéma par contre, ce n’est pas encore ça...)

Pharmacie géante

D’arbre en arbre, on apprend à mieux connaître cette masse dense de végétation qui nous entoure.
L’arbre immense qui ne peut pas vivre tout seul se sert systématiquement d’un palmier comme tuteur (avant de l’étouffer). Il possède à maturité de fins contreforts triangulaires qui m’évoquent tout de suite les voiles de béton, coulés par le plus gothique de nos architectes du 20e siècle : ce cher Gaudi.

Et de temps en temps, en haut des lianes si fortes qu’elles pourraient facilement supporter le poids de plusieurs d’entre nous en même temps, un singe, ou un groupe de singes, nous regarde de haut, immobile, comme pour dire :
« Chuuut, ne faites pas de bruit, regardez-en bas : des humains ! »
De la même manière que nous nous arrêtons fascinés pour les regarder au bout d’un certain temps se remettre à se lancer dans le vide et sauter d’arbre en arbre jusqu’à tout à fait disparaître de notre champ de vision.

Il faut dire que pour y rentrer dans notre champ de vision, il faut qu’ils soient bien grands, ces singes : perchés le plus souvent à plus de 35 m de hauteur, au sommet des arbres les plus hauts, là où le soleil chauffe encore bien le feuillage, ces créatures toutes noires et à grande queue (une sorte de 5es bras), doivent mesurer plus de 1,50 m de haut s’ils étendaient leurs bras au dessus de leur tête...

Poisson frais

Le campement de ce soir, à plusieurs dizaines de kilomètres de celui de ce matin (avec un chemin déblayé, ça va plus vite), est encore plus restreint que celui de la veille. Nous campons, en effet, au bout d’une piste qui meure sur un ruisseau, et nous avons à peine la place de planter les tentes dans la largeur.
Ici, aucune trace de campement antérieur.

On se remet à récolter du bois pour faire la soupe, et les hommes partent à la pêche. Il n’est pas besoin de dire qu’en moins d’une heure ils reviennent les bras chargés : 30 poissons pour nous 11 !

Quelque part, ça me rassure de manger les poissons plutôt que la viande crue mise à « aérer » sur la poutre de ce matin !

Et c’est en effet de l’avis de (presque) tous, le meilleur poisson que nous n’ayons jamais mangé. Légèrement frit, ce poisson qui se mange avec les doigts, assis sur l’herbe dans le noir, à la lueur faiblissante d’un feu trop éloigné pour vraiment nous éclairer, est à la fois ferme et fondant...

Ah là là ! La gastronomie ne se trouve pas forcément où on l’attend !

Savane sur la Meseta

Le lendemain, Meseta. On quitte la forêt vierge pour monter sur le plateau qui surplombe cette mer d’arbres sans fin.
Quelques heures de montée pour arriver en plein « cagnard » sur un paysage de savane digne de mes rêves les plus fous de Namibie.
Vue d’en haut la forêt me semble tout écrasée, impersonnelle. Je ne comprends ni ne vois la richesse de ces 10 000 espèces mélangées... C’est trop abstrait pour moi, tout ça...
Heureusement que nous avons insisté pour aller à la cascade ! Sans cette première journée de « percée », je n’aurais jamais, je crois, vraiment compris la densité et la puissance de cette forêt...

Derniers efforts, derniers sourires

Le retour vers Florida se fait un peu dans la précipitation. Nous avons marché près de 8 h ce matin et nous sommes un peu en retard sur le planning.
En effet après 17 h il est impossible de passer le dernier pont qui marque l’entrée officielle du parc.

Mais une fois de plus nos guides savent faire preuve d’initiative et n’hésitent pas à « mouiller leur chemise ».
Le pont est en effet maintenant du mauvais côté de la rive, puisque nous sommes 15 minutes en retard.

Mais il est hors de question de dormir sur la berge. Nous devons dormir à Florida ce soir pour y passer la deuxième nuit prévue et leur payer notre dû.
Nos hommes se jettent donc à l’eau en sous-vêtements, et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils nous rapportent le pont flottant près du van, bien fatigués.

La soirée, tout de bières et de sourires de contentement, est charmante. Les hommes de retour au village, n’arrêtent pas de se re-raconter leurs exploits et c’est en compagnie de leurs enfants retrouvés après 3 jours d’absence, qu’ils nous font leurs adieux.

Le retour de jour, le lendemain matin, est épuisant :
levé, 4 h
départ, 6 h, après avoir réveillé le chauffeur qui une fois de plus n’avait pas entendu le réveil (il n’a pas de montre !)
arrivée 13 h à San Ignacio
bus pour San Jose à 14 h : 5 h de route prévue.
Arrivée à 21 h à San Jose : le bus a crevé 3 fois...
Nous sommes exténués.



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