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Changer de continent
Le 18/08/07

Rêver du Pantanal

Je ne vais pas m’attarder sur ce premier épisode au Brésil.
D’abord parce que c’est déjà loin de nous,
Ensuite parce que, malgré tout ce que nous en attendions, ça n’a pas été aussi chouette que nous l’espérions

Donc le Pantanal, nous en avions entendu parler il y a quelque temps déjà, un voyageur israélien rencontré en Équateur, ayant effectué un séjour dans le Pantanal brésilien il y a quelques mois, nous en avait vanté les mérites avec abondance : sa faune était la plus importante de toute l’Amérique latine, et son paysage de vaste plaine marécageuse avait son charme.

Plus sérieusement ensuite, les allusions répétées de Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques à cette région du brésil, nous en a fait rêver bien avant que nous y arrivions.

Puis, plus tard, nous avons appris que le Pantanal n’était pas uniquement brésilien, mais qu’il occupait également une grande partie de la Bolivie.
C’est donc sur la base de cette information plus que séduisante quand on connaît la différence de niveau de vie entre ces deux pays, qu’on a décidé de tenter notre chance à Puerto Lopez, « la » capitale du Pantanal bolivien, une petite ville à quelques kilomètres de la frontière brésilienne.

Après un bref repos à San Jose, où l’observation attentive de sa mission et de son étrange population* nous a occupés une journée entière, nous reprenons un énième train de nuit.

Des adieux trop rapides

Nous arrivons le 15 août au matin à Puerto Suarez et déjà quelques groupes de danse traditionnelle occupent la rue. La fête va durer toute la journée. L’ambiance provinciale est sympa...

Nous réquisitionnons un taxi pour nous trouver un hôtel. Il finira après deux heures de recherche par nous emmener à la frontière. Pas qu’il n’y a pas d’hôtel en Bolivie. Il y en a toujours si on cherche bien. Mais nous lui avons touché un mot de notre envie de visiter le Pantanal, et, à son air consterné, on a compris qu’il y avait un problème :
« Non, mais vous savez la Bolivie, c’est pas comme le Brésil, on est mauvais pour le tourisme (ah bon ??), le Pantanal, ya personne ici pour vous le faire visiter ! »

Comme pour prouver sa bonne foi, ne taxi décide de nous trimballer de Puerto Suarez à Puerto Quijarro, à la frontière du brésil, pour nous faire visiter tous les hôtels du coin en quête de quelqu’un qui saurait de quoi on parle... en vain.
Ici, le Pantanal fait encore parti de ces régions que seuls les pêcheurs et les écologistes visitent de temps en temps... une région à explorer donc.
Et tenter de traverser seuls, sans guides, ces marais, nous l’imaginons mal...

Seul un pêcheur décharné au bateau presque en ruine, que l’on finit par aborder en désespoir de cause, nous offre de partir avec lui sur son bateau. Mais il a l’air d’inventer les prix et les endroits au moment même où il nous les annonce et ses yeux brillent de trop de la fièvre du dollar pour qu’on ait vraiment envie de tenter l’aventure avec lui.

Alors, on se dit que finalement c’est pas très grave, que le Brésil est à 5 minutes maintenant et qu’il ne faut pas avoir peur de sauter le pas.

Et nous quittons ainsi sans autre forme de procédure la Bolivie, sans vraiment prendre le temps de faire nos adieux au pays, au continent.

Changement de continent

Parce que c’est bien d’univers qu’on change en passant la Frontière près de Corumba au Brésil. De l’autre côté du poste frontière, j’ai brusquement l’impression, d’avoir quitté l’Amérique latine, que je connais depuis trois mois, pour arriver au cœur d’un monde inconnu.
À peine la frontière passée, les gens ne comprennent déjà plus mon espagnol du dimanche. Les rues sont pavées, les voitures nombreuses, les visages différents. On est à la fois en Afrique, en Europe et en Asie. Loin de la Bolivie en tous les cas.

Et de ce côté-ci de la frontière, il ne nous a pas fallu longtemps pour trouver un « tour » capable de nous vendre les merveilles du Pantanal brésilien.
Arrivés à Corumba avec un jeune homme qui nous a convaincus de partir dans le Pantanal avec sa compagnie. Les prix sont très avantageux, l’agence est recommandée par le Lonely Planet. Nous ne restons pas longtemps à attendre à la frontière.
Une douche, un buffet au prix californien (s’habituer aux prix exorbitants au Brésil va nous prendre un certain temps...) et un bus plus tard, nous nous retrouvons en plein soleil sur le bord de la route, à l’endroit où une piste semble s’enfoncer à travers le Pantanal. Là, camionnette et d’autres touristes nous attendent pour filer vers le lieu de campement réservé de l’agence.

Village Vacances

Nous sommes 7 dans la voiture, ça me semble raisonnable bien qu’un peu beaucoup pour faire une équipe capable d’observer des animaux en silence.
Une heure plus tard, je me rends compte que le camp, dans lequel nous allons rester 3 jours, compte plus de 20 personnes ! (On en comptera 40 à un moment donné !).
On y est accueilli par quelques baraques sous les bois, une pour les douches froides, une autre pour les hamacs et une autre pour la cantine. Les restes d’un feu de camp, et des guides à l’allure de GO.

Je commence à ne me sentir pas très à l’aise.
Où sommes-nous, pourquoi sommes-nous ici ?

Alors comme il n’y a rien d’autre à faire dans ce camp un peu triste que de faire connaissance, nous conversons. Les gens sont sympas, c’est vrai... mais peu sont sûrs la route depuis longtemps, ou pour longtemps.
Des couples, des amis ou des familles en vacances estivales surtout.

Nous parlons donc beaucoup, nous en avons le temps (...).
Nous échangeons, comme on dit, mais je me rends compte que j’ai de plus en plus de mal à me sentir moi, à échanger vraiment avec des gens qui ne sont pas des voyageurs au long cours.
Pourtant, je n’ai pas l’impression d’avoir dramatiquement changé, ni physiquement, ni mentalement depuis le départ. Je ne fais certainement pas partie de ces backpackers hippies que l’on croise parfois dans des auberges de passage. Non, non. Et pourtant.

Je n’arrive pas partager réellement avec ces gens ce que nous vivons depuis 10 mois. Je n’arrive pas à m’intéresser à leurs vacances.
Je n’ai pas l’impression de considérer le voyage de la même manière qu’eux.
Enfin bref.

Quelques animaux et puis s’en vont

Les journées se déroulent ici sur un mode de village de vacances, enfin j’imagine. On a « deux activités » par jour de 2 à 3 heures chacune. Sachant que le petit déjeuner est à 6 h,, ça laisse beaucoup de temps de libre...

Je ne vais pas vous bassiner avec ces expériences de Club Med zéro confort (c’est sympa le hamac, mais au final je me rends compte que mes cernes sont de plus en plus profondes... Serait-ce qu’on y dort mal ?), alors voilà en résumé.

Nous avons pêché des piranhas alignés à 25 sous le soleil brûlant, traqué la bestiole de nuit en camionnette (on n’a vu personne évidemment !). Patauger un matin dans un marais où quelques gros singes nous ont fait le plaisir de crier pour nous. Nous avons traqué dans le feuillage léger des arbres, des perroquets géants, rouges et verts ou encore bleus turquoise, et même quelques petits mammifères cousins des ratons laveurs. Des dizaines de toucans nous ont fait nous tordre le cou en tous les sens.
Nous avons fait la règlementaire petite balade à cheval au pas et sans commentaires de la part de nos guides fatigués pas le rythme que leur fonction de GO leur impose.
Quelques rats d’eau géants (la famille allemande du coin appelait ça des wasserschwein... Il s’agit du capybara), aussi gros que des cochons, effectivement, nous ont regardés passer dans notre barque à moteur de manière impassible.
Nous avons rêvé du jaguar dont seules les traces sur le sol humide prouvent la présence, et nous sommes repus de la vue de centaines de caïmans. Ceux-là, ils n’ont vraiment pas peur des hommes.

Des oiseaux de toutes les formes nous sont passés sous le nez. Le plus grand, descendant éloigné de la cigogne, mais en plus puissant plus fort est un symbole de la région.

Voilà, donc il y a donc bien quelques photos à regarder (la plupart des animaux sont quand même durs à attraper), et quelques souvenirs de caïpirinhas sympas au coin du feu.

Mais, en plus d’une organisation plus que défectueuse (trop de gens pour pas assez de guides, pas assez de camionnettes)... il manquait à ce tour quelque chose.

Ce petit sentiment de pionnier qu’on cherche encore désespérément au bord du chemin, cette impression de découvrir un monde encore « original », où la mise en scène pour le touriste n’a pas encore pris le dessus.

Au bout de 3 journées qui m’ont parfois paru longues malgré les chouettes discussions que j’ai pu avoir avec des filles de passage, nous repartons avec un arrière goût amer dans la bouche : le sentiment d’avoir été au cœur d’un endroit unique et de n’avoir pu en goûter le véritable parfum...


* venus d’Allemagne il y a 30ans, les Mennonites ont un look d’amish surprenant. Les hommes possèdent tous la même salopette de travail et les femmes un costume venu tout droit du 18e siècle bavarois. Ils s’occupent de tout ce qui concerne l’industrie laitière et semblent s’être fait une jolie place au soleil avec. Pourquoi comment ? Nous n’en saurons pas plus.



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