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Bed and Breakfast sur le Djaba Bura - 1/3
Le 13/10/06

Terrasses et grandes Rocheuses

En haut d’une montagne, après quelques heures de marche. On y est arrivé vers midi après être parti à 6 h... La montée était rude, mais le paysage en valait le coup. On passe en quelques minutes des grandes Rocheuses du Far Ouest rouges avec leurs cactus géants, aux terrasses caractéristiques des paysages yéménites. Notre guide doit avoir 15 ans. Il nous a expliqué que l’école n’était pas obligatoire au Yémen (surtout en période de ramadan où elle est plus que facultative - les maîtres étant souvent absents pour cause de jeûne !).

15 ans en plein ramadan, et obligé de grimper ces montagnes brûlantes sans boire ni manger, pour accompagner les touristes que son frère lui confie, nous nous sentons un peu coupables... mais il est impossible de faire demi-tour - sans lui dans ce coin perdu du Yémen nous sommes perdus...

Bed and breakfast

Dès la nuit dernière, nous avons été confrontés au côté très roots des coutumes locales, puisqu’on a dormi à même la terre battue dans des maisons de berger, sans eau ni électricité, sans carreaux aux fenêtres. Ce soir, on monte en grade puisqu’on dort chez l’habitant. Il y a des tapis sur la terre battue et deux pièces entières pour abriter une famille de 12 personnes plus nous ! Alors pour ceux qui sont habitués au « bed and breakfast », reprenez la formule, mais enlevez tous les équipements superflus :
-  le « bed » par exemple, puisqu’on dort par terre,
-  pour le breakfast, préférez une sauce piquante dans laquelle vous pourrez tremper une galette de pain noire et épaisse. Ajoutez-y un peu de terre battue pour le hammam (salle de bain = trou dans le sol d’une pièce en terre battue - 1.5 m x 1.5 m x 1.8m), enlevez toute l’eau que vous pourriez trouver (dans d’éventuels WC, ou pour une tout aussi éventuelle toilette) ... mais ajoutez-y surtout un très grand sourire, des visages magnifiques et une générosité folle, si on prend en considération les moyens limités dont les habitants disposent en haut de cette montagne : s’il n’est pas question d’eau courante dans les maisons, il n’y a même pas de point d’eau dans le village : ici, l’eau ne se trouve que dans des puits disséminés sur les pentes à 60 % des terrasses aux alentours !

C’est qu’ici les touristes ne sont pas légions, à en juger par la course des jeunes filles lorsqu’elles aperçoivent un appareil photo.

Wadi au café

À l’heure où j’ai écrit ces lignes dans mon carnet noir de moleskine qui commence à être gribouillé dans tous les sens, j’étais allongée sur un rocher en belvédère au-dessus d’un wadi, environ 1000 m plus bas (wadi = vallée où coule une rivière durant la saison de pluies et souvent très cultivée). Les terrasses étagées qui tentent de coloniser le Jabal Bura, composé de massifs si raides, sont emplies de café et de khat. Le café, ici, ils ne le consomment pas comme nous : il est trop cher pour ça... Ils conservent seulement les quelques grains qu’ils n’ont pas pu vendre au souk à Bajil, les font sécher au soleil sur le toit de la maison (de rouge, ils deviennent rouges foncés presque marron), et les font infuser dans de l’eau. Ça donne un goût bizarre, entre une tisane exotique et peut-être le café soluble beaucoup trop dilué. De toute manière, ils le sucrent à mort, tout comme le thé, et il reste surtout le goût d’une boisson chaude et agréable, que l’on déguste souvent après un repas simple, épicé et très copieux. Ici, on mange pour avoir de l’énergie surtout... Les terrasses qui m’entourent font environ 1 m d’épaisseur pour 1.5 m de haut. Ça me parait tellement de travail que de les construire ! Il a dû falloir des tonnes et des tonnes de pierres, de quoi construire des dizaines de cathédrales...

Des hommes et des femmes du Djabal

La nuit n’est pas encore tombée (elle tombe invariablement à 6 h 10) et je peux encore apercevoir quelques femmes en costume (brodé d’or et ajusté au corps, de style un peu tibétain en fait), avec leur foulard rouge, qui se courbent sous le poids de leur jerrican jaune de 20 litres accroché sommairement sur leur dos, par le biais d’une sangle qui me fait mal rien que de la voir... Elles vident méthodiquement leur jerrican au pied de chaque plant de khat ou de café avant de repartir d’un pas lent au puits.

Ces femmes sont d’une beauté à tomber à la renverse. Je comprends presque pourquoi elles sont voilées. Ici, elles portent un voile qui leur cache entièrement le visage (y compris les yeux), mais qui se relève facilement sur la tête. En réalité, elles ont souvent le visage à découvert lorsqu’elles travaillent sur leurs terrasses et ne se couvrent d’un geste vif que si elles aperçoivent un homme susceptible de les regarder d’une terrasse plus élevée, ou lorsqu’elles sont au village (le plus gros village doit faire 500 habitants...). Pour moi, elles se livrent et lèvent le voile, au détour d’une terrasse, me sourient et me font parfois de petits gestes amicaux de la main... Ça change de Sanaa et de ses ombres noires...

Ici, les hommes ne travaillent pas dans les champs contrairement aux montagnes du Haraz, où nous étions avant-hier et où les taches me semblaient plus équitablement réparties. Il faut dire que dans le Haraz, qui lui est inscrit dans tous les guides touristiques, les terrasses sont couvertes de blé, d’orge, de maïs, de khat, de café, d’herbe à vache, etc., et que la moisson de toutes ces cultures nécessite une forte main d’œuvre sous le soleil (d’autant plus que les gerbes de 15 cm de diamètre au maximum sont encore faites à la main !) - cf. photos à venir quand le débit permettra de télécharger...

Ici, dans le Djabel Bura, les hommes ont pour tache d’aller vendre leur production quotidienne de khat au souk de Bajil dans la vallée, une ville toute de béton, de poussière et de chaleur, une horreur, qui les dispense de travailler dans les montagnes :). De retour dans les montagnes, ils traînaillent, causent, attendent et regardent les femmes travailler... Ah ces hommes...

Suite de l’aventure : Décharge sur le Djabal Bura - 2/3



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