Petite Escapade - Tour du Mondehttp://chez.emba.free.fr
Le Carnet de Route > Histoires extraordi... > L’Empire du M...
 
Qui, Pourquoi et Comment
 
   • Nous deux
   • Avant le départ
   • Keep your eyes open !
 
 
Le Carnet de Route
 
   • Au jour le jour
   • Photographies
   • Histoires extraordinaires
 
 
Et aussi...
 
   • Le Coin des Voyageurs
   • Les Prises de Tête de M.
   • "Bibliographie"
 
De Dejin à Chengdu, on the road again
Le 02/04/07

On the road again, again...

Parce qu’on ne sait pas encore que notre ambition initiale d’aller de Dejin à Chengdu ne fait pas partie des options possibles dans ce pays où les routes sont toutes entrecoupées de postes de police au niveau du Tibet. Pour aller directement de Dejin à Chengdu, il faut passer par une ville de transit tibétaine et investir, de fait, dans un permis de visite du Tibet, au, bien évidemment, prix exorbitant.
Le seul choix qui nous est donc offert est de retourner sur nos pas, vers Lijiang (12 h de bus, de jour en plus !), puis de tenter de rejoindre Panzihua (12 h de bus de nuit et de jour), et enfin, à partir de là, tenter le train pour Chengdu (12 h, de jour). Soit 24 à 48 h de voyage, en fonction du nombre de pauses interbus qu’on décide de s’accorder...

Gloups !

Du voyage, on en a déjà fait pas mal depuis notre entrée en Chine et ce n’est pas le but exclusif du tour du monde. M’enfin. Il reste toujours la solution de l’avion depuis Lijiang jusqu’à Chengdu, dont le prix, sans être donné, n’est toutefois pas exorbitant. Manque de chance, la compagnie internet que nous sollicitons nous apprendra, une fois arrivés à Lijiang, qu’il n’est possible de récupérer les billets qu’à Chengdu... une fois arrivés, donc. Quelle incohérence !

Les heures de bus s’égrènent donc, non sans peine.

Le Yunnan en cartes postales

La beauté des paysages du Yunnan nous aide à supporter l’inconfort chronique de ces sièges pas du tout ergonomiques. Les vallées rouge et verte que l’on retrouve pour la 4e fois aux environs de Lijiang nous émerveillent toujours autant. L’architecture est bien différente de celle que nous allons croiser par la suite et je n’ai de cesse de scruter ces bâtisses de campagnes si simples et pourtant si élégantes. Enchâssée entre deux murs épais de pierre ou de brique, la structure de bois, tout en piliers élancés, supporte avec grâce, planchers et charpente. Les pièces sont distribuées de manière très régulière le long de coursives extérieures tandis que des panneaux de remplissage, souvent sculptés, servent de séparations entre les différents locaux.
Régulièrement au dessus du pignon, une sorte de flèche de bois, elle aussi sculptée, pend du faîtage. Il s’agit d’un symbole ancestral « porte-bonheur » censé augmenter les chances d’avoir de bonnes récoltes... Le faîtage du toit fait toujours, quant à lui, l’objet d’un soin particulier, et il est même parfois possible de lire à travers cette dentelle, les dessins les plus élaborés.

Rencontres décalées d’un soir

Arrivés à Lijiang, nous nous accordons une nuit de repos dans un vrai lit et faisons la rencontre de plusieurs voyageurs sympathiques dans une auberge typiquement « backpacker ». Un Français entre deux âges, à la retraite ou au chômage, entretient une petite femme thaïlandaise, à grand renfort de sacrifices financiers visibles. Il est tout maigre et ses habits sont usés jusqu’à la corde, mais il nous annonce avec fierté qu’il vient de passer la journée à faire du shopping avec elle : 70 euros de bijouterie et de breloques s’il vous plaît !
Il lui parle dans un anglais hésitant, mais nous affirme que ça fait des années qu’ils sont ensemble... par intermittence en tous les cas, quand il peut se permettre de venir la retrouver en Thaïlande et de la faire voyager alentour...
Une jeune Allemande à nos côtés finit quant à elle sa thèse à Pékin sur le fonctionnement des ONG chinoises. C’est fou le nombre de jeunes gens qu’on a rencontrés qui travaillaient ou étudiaient en Chine !

Plus que dans n’importe quel autre pays que nous avons visité pour sûr... Au fait, ça donne envie de revenir, pour se plonger plus dans la culture du pays, et essayer de relever le challenge de la langue (moins vite et moins bien que ma sister super douée et adorée, mais quand même !)

Panzihua, ses chantiers, ses clochards, et sa gare

Et puis, le lendemain, nous repartons. Pour Panzihua.
Nous sommes censés y arriver à 4 h du matin, mais notre bus accélère tout au long de la route et c’est vers minuit à peine que nous débarquons dans cette ville gigantesque, où les ouvriers sur les chantiers s’activent de jour comme de nuit. Nous mettons près de 40 minutes à traverser toute l’agglomération en taxi pour rejoindre la gare. Une gare moderne et pleine d’activité à cette heure tardive d’ailleurs. Nous nous précipitons donc au guichet en espérant trouver une place pour le dernier train de nuit, même en sièges.
...Mais non. La guichetière est inflexible : il ne reste rien de rien ce soir.
Alors en désespoir de cause, à la fois parce que les prix ne cessent d’augmenter et qu’on a la flemme de chercher un hôtel si tard dans une ville qui ne se trouve sur aucun guide et qui n’a donc que très peu de chance de posséder un hôtel acceptant les étrangers (et à bas prix de surcroît), nous prenons la décision de dormir dans la gare.
Heureusement que nous avons nos tapis de sol que nous déroulons avec circonspection sur le sol « un peu sale ».
Notre sommeil est agité : non loin de nous, une vieille dame, SDF sûrement, passe une partie de la nuit à écraser des bouteilles plastiques qu’elle a récupérées, dans le but évident de les revendre ensuite à une décharge. Un homme maigre, les deux jambes amputées, est allongé sous un siège à moins de 3 m de nous, et se tortille dans son sommeil. Son semblant de bleu de travail est tout sale et tout déchiré. Il n’a pas de tapis de sol, lui.
Le lendemain, son collègue qui dormait à côté de lui l’assiéra tant bien que mal sur une petite planche à roulettes afin de le faire sortir du hall de la gare, au moment où les employés bien propres, bien réveillés et bien habillés nous réveilleront en frappant sur les barreaux qui nous séparent de l’accès aux quais.

Dans le train, pour la toute toute première fois

Le train pour Chengdu est bondé.
Si nous avons un peu d’espoir durant les premiers kms, ce dernier s’efface vite au fur et à mesure que les gens s’installent autour et sur nous !
Ce n’est pas un train indien, il ne faut pas exagérer, une housse recouvre les sièges et l’ensemble est clair et propre au début du voyage.
Mais c’est animé, c’est sûr. Peut-être est-ce parce que nous sommes placés en « hard seat », la catégorie la plus basse, l’équivalent de notre seconde classe en un peu plus tassé, que nous sommes au cœur de l’action ?

Parfois, un homme se poste au centre du wagon et commence un long discours. Les gens rient en cœur par moment. Je crois un instant qu’il s’agit d’une « pause détente » offerte par la compagnie de chemin de fer, mais en fait il s’agit plus simplement d’un bateleur-camelot qui vend des chaussettes indéchirables !

Ici, les gens mangent sans arrêt, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Des vendeurs passent donc régulièrement pour satisfaire ce besoin de tromper l’ennui par la bouffe.
Mais c’est plus sympa qu’en France : ici, tous les vendeurs portent un costume qui semble agréé par la compagnie de chemin de fer. Certains vendent des soupes chaudes, d’autres des soupes instantanées, d’autres encore, des plats tout faits comme on en donne dans les avions, mais en 10 fois plus copieux. C’est chez eux que je me sustenterai, deux fois d’ailleurs, deux fois de suite aujourd’hui tandis que Manu tentera la soupe instantanée à l’eau chaude du train, sous les regards amusés de la bande d’adolescents qui squatte nos sièges, avec-et-sur nous.

L’eau chaude, c’est magique, est en effet disponible dans tous les trains. Tout le temps et pour tous. C’est que les Chinois ne peuvent pas vivre sans eau chaude. Ils se promènent d’ailleurs tous, les jeunes comme les vieux, les femmes comme les hommes, avec leur petit thermos de plastique transparent, rempli de feuilles de thé qu’ils imbibent régulièrement de cette fameuse eau quasi bouillante, jusqu’à en retirer la substantifique moelle. Peut-être, par voie de conséquence, même dans les grandes villes, l’eau du robinet n’est jamais potable. C’est d’ailleurs étonnant pour un pays qui nous semble si avancé technologiquement, en milieu urbain en tous les cas.
Mais l’habitude est prise depuis trop longtemps : en Chine, on boit de l’eau bouillie, chaude ou tiède, avec thé, ou même sans. Mais de l’eau froide, ça non. Y’ a que les étrangers pour faire des choses pareilles !

Le paysage « par éclipses » du train-fusée chinois

En train, le paysage est assez différent de celui qu’on vit en bus. Ici point de lacet et de changement de perspective constant. Le train file droit à travers le pays, quelle que soit la topographie.
Les collines rondes et massives se succèdent, griffées de terrasses multicolores ou simplement recouvertes d’une forêt très sombre. Souvent, des serres blanches s’alignent sur des parcelles de terrain allongées, créant un effet esthétique remarquablement artistique sur ces paysages agricoles.
Mais le train ne s’arrête, ni ne les contourne.
Il fonce au travers.
Tout simplement.

La première fois, j’ai trouvé ça méritoire. Un équivalent de notre tunnel du Mont Blanc : ils sont incroyables, ces Chinois ! Mais au 15e tunnel, je me suis rendu compte que cette traversée de la Chine, nous allions la faire à moitié sous terre !
Effectivement, tout en suivant plusieurs cours d’eau successifs, nous avons plongé au cœur d’une trentaine de collines-montagnes, parfois pendant plusieurs dizaines de minutes d’affilée !

Plus tard, à mi-parcours environ, les usines se sont faites de plus en plus nombreuses. Elles ressemblent à s’y méprendre à l’idée que je me faisais de nos établissements industriels du 19e siècle. Toute de briques revêtues, sombres et affublées de très hautes cheminées rouge sombre. Et souvent hors d’usage, il me semble...

Au moment de sortir du train à Chengdu, un homme nous interpelle en français, celui-là même qui ce matin nous avait indiqué des places de libres, tant qu’il y en avait encore.
Il a la cinquantaine ou plus. La voix d’un homme qui a trop fumé, et peut-être trop bu.
Il s’appelle Bernard Boursicot, mais nous ne le savons pas encore.
Et nous allons passer trois jours avec lui. (Voir l’article : « BB...  »)



Réalisé avec SPIP - article.html